Entreprise et Découverte fédère la visite de savoir-faire

L’association développe, promeut et structure depuis 2012 la filière des entreprises françaises ouvrant leurs portes au grand public. Cette démarche fructueuse permet de créer un lien de confiance avec ses visiteurs, voire d’en faire des ambassadeurs, mais aussi de mieux faire connaître des métiers. Cela n’a pas échappé à des marques et fabricants de mode qui cherchent à recruter.
“Nous sommes une exception culturelle et économique française. Aucun autre pays européen n’a réussi à structurer une offre aussi riche sur l’ensemble de son territoire”, se réjouit Marie Cario. Avec 4000 sociétés ouvrant leurs portes à 22 millions de visiteurs par an, l’association Entreprise et Découverte dont elle est responsable communication et animation a déjà atteint son premier objectif : permettre l’émergence dans l’Hexagone d’une véritable filière de la visite d’entreprise.
Avant de donner naissance, en 2012, à Entreprise et Découverte, Cécile Pierre et Anne Aubineau, déléguée nationale et adjointe de l’association d’intérêt général, étaient expertes de cette niche au sein d’un cabinet d’ingénierie spécialisé.
“À l’époque, ce secteur était balbutiant, même si des entreprises proposaient déjà des visites depuis les années 90, explique Marie Cario, mais il manquait un élément essentiel pour structurer ces initiatives au niveau national”.
Devant ce constat, Anne et Cécile s’appuient sur des partenaires privés et publics, comme EDF, Fragonard et le ministère de l’Economie, pour créer Entreprise et Découverte, afin de “rendre visible et de développer cette offre et d’en faire une véritable filière touristique d’avenir au service des territoires et des entreprises”.
Le seul site de référence
Dans la foulée, sont créés deux outils, à commencer par un site Internet mis en ligne fin 2012. Il reste aujourd’hui le seul site de référence où découvrir les visites par territoires et secteurs.
Après cette première brique faisant la preuve d’“une offre extrêmement riche sur le territoire et accessible au grand public” et “impactant positivement tous les acteurs publics et privés”, Marie Cario souligne le rôle déterminant de la publication, en 2013, du premier Observatoire de la visite d’entreprise avec des données chiffrées (nombre d’entreprises, de visiteurs, territoires concernés). “Les pouvoirs publics ont pu prendre conscience de l’importance de la filière. Cela nous a permis d’impulser toute une dynamique dans les territoires pour accompagner le développement de l’offre, qui a doublé depuis 2013”. Les entreprises concernées ont des profils variés, avec cependant 90% de TPE-PME, “les grandes ayant encore quelques freins à lever”. La part de la mode et cosmétique est de 9%, en légère augmentation (+2%) par rapport à 2020 (7%).
Forte d’une équipe “modeste mais dynamique et engagée” de dix salariés à Paris et dans ses antennes régionales (Nord-Ouest, Sud-Ouest, Auvergne Rhônes Alpes, Hauts de France-Grand Est, Sud), Entreprise et Découverte a trois missions. Outre la communication et la promotion, via son site, des Relations Presse, mais aussi des collaborations avec des éditeurs touristiques comme le Guide du Routard ou les cartes Michelin, à l’origine de la première carte de France des Savoir Faire, dédiée à la visite d’entreprise, elle réalise un travail d’accompagnement et de développement via des audits des entreprises (comme Petit Bateau) et leurs usines mais aussi des territoires (offices de tourisme, communautés de communes…). Pour ces derniers, elle peut ainsi mettre en place des événements portes ouvertes, à l’image de l’opération « Graulhet, le Cuir dans la Peau » organisée les 21 et 22 octobre prochains dans le Tarn.
Enfin, en tant que Fédération, elle rassemble l’ensemble des acteurs (entreprises, fédérations professionnelles, pouvoirs publics, professionnels du tourisme…) de la filière. Elle suscite ainsi des rencontres pour faire émerger des dynamiques collectives, tout en menant un travail de lobbying, notamment pour obtenir des aides à la création de parcours.
Une nouvelle relation de confiance avec le public
De leur côté, les entreprises voient dans la visite “un outil formidable pour toucher le cœur des visiteurs, une invitation à entrer dans un univers méconnu et découvrir les machines, savoir-faire et hommes et femmes derrière la fabrication en France d’objets du quotidien, souligne Marie Cario, évoquant l’instauration d’“une nouvelle relation de confiance” avec l’entreprise. “La visite s’avère un outil pédagogique, facile à mettre en place et peu coûteux avec un impact très fort par rapport à des campagnes marketing demandant de lourds investissements”.
A court terme, on constate une forte hausse (+40% en moyenne) en post-visite du panier moyen de la boutique d’usine, par rapport à des achats sans visite préalable. Mais Marie Cario observe aussi “un attachement très durable qui se crée entre le visiteur et l’entreprise qui peut influencer les achats ultérieurs. Les visiteurs se transforment souvent en ambassadeurs de la marque, voire en prescripteurs”.
En termes d’image, le bénéfice est appréciable, la visite permettant de se repositionner par rapport à ses concurrents autour de messages clés et différenciants, comme l’origine des matières premières utilisées. Mais il s’agit aussi de faire découvrir des métiers, un enjeu particulièrement important dans une filière mode en tension. “Si on n’a pas l’occasion d’avoir une immersion dans cet univers et un contact direct avec les salariés des entreprises, il peut être compliqué de s’imaginer y travailler, note Marie Cario. La visite d’entreprise est alors un outil pédagogique très efficace auprès des jeunes et moins jeunes, permettant de se projeter dans une filière qui recrute”.
A l’instar de la Maison du Savoir-Faire et de la Création, qui agit plutôt en B to B, Entreprise et Découverte fait connaître et met en valeur les métiers de la fabrication française, suscitant parfois même des vocations. “Le cofondateur du guide du Routard, Philippe Gloaguen, aimait citer le cas d’une famille américaine venue visiter la parfumerie Fragonard. L’atelier organisé à cette occasion avait permis de détecter l’odorat très développé de leur petite fille. Celle-ci est aujourd’hui devenue nez dans une Maison de parfumerie !”, raconte Marie Cario.
Des instants marquants
Parmi les visites marquantes du secteur Mode, Marie Cario cite la Manufacture Bohin, le Minor et le Slip Français.
Pour Bohin, dernier fabricant d’aiguilles en France, voire en Europe, situé à l’Aigle (Orne), elle évoque une “très belle visite à faire en famille dans un bâtiment très impressionnant, avec des machines superbes et des explications très intéressantes”. Elle souligne aussi le fait que l’organisation de ce parcours a contribué à sauver une société qui a failli disparaître quand le textile était en pleine délocalisation. “Il y a eu un telle visibilité, de tels retours visiteurs et dans la presse que Bohin est revenue sur le devant de la scène. Devant l’engouement suscité, les pouvoirs publics ne pouvaient plus ignorer cette entreprise emblématique…”.
Autres visites remarquables : celle de Le Minor, plus ancienne manufacture textile bretonne encore en activité, ou, une plus récente, celle de l’usine du Slip Français, ouverte l’an dernier à Aubervilliers ! “Les différentes étapes de la fabrication d’un slip sont présentées, en partant des matières premières pour aller vers la découpe puis les différents postes d’assemblage. Cela plaît beaucoup”. Le lieu avait d’ailleurs été choisi pour le lancement officiel, début juin, de la carte Michelin des Savoir Faire.
Organiser des visites : une nouvelle compétences
"Organiser des visites est cependant un défi, en tant que seconde activité pour une entreprise d’abord dédiée à la production", souligne Marie Cario, qui invite à faire appel en amont à un expert comme Entreprise et Découverte pour “définir concrètement le projet et le lancer sur de bons rails”. Une réflexion sur ses objectifs, le discours à délivrer et la mise en place de multiples paramètres pour un accueil professionnel, s’imposent pour tirer tous les bénéfices en termes de chiffre d’affaires, d’image et d’échanges avec les visiteurs… A l’heure des réseaux sociaux, mieux éviter des critiques négatives au profit de retours positifs !
Pour Entreprise et Découverte, les défis ne manquent pas non plus. “Il s’agit de pérenniser notre mission dans un contexte économique complexe pour chacun, admet Marie Cario. Il faut continuer à engager les pouvoirs publics sur ce sujet alors qu’un appel à projet tourisme de savoir-faire, lancé en 2023 par la Direction Générale des Entreprises en 2023, objet d’un soutien financier de l’État et des régions de 5 millions d’euros, arrive à terme. Sans lui, beaucoup d’entreprises n’auraient pas pu organiser de parcours. Notre objectif est de maintenir l’attention forte sur la filière pour continuer à obtenir des aides, parfois indispensables pour que des TPE et PME puissent passer le cap”.





