Le label EPV fait valoir l’excellence de savoir-faire rares

Dans un monde globalisé où les attentes vis-à-vis d’une consommation plus durable, valorisant le Made in France et ses savoir-faire vont crescendo, le label EPV a plus que jamais sa place… Encore faudrait-il que le grand public sache mieux reconnaître ce qui se cache derrière l’acronyme de cette labellisation d’excellence, mise en place par l’Etat il y a vingt ans.
“Ce label n’est pas suffisamment connu, admet Tristan de Witte, le Président du Réseau Excellence EPV, car l’État consacre du budget à la labellisation des entreprises, pas à sa communication. C’est donc aux entreprises de le rendre lisible et la raison pour laquelle nous avons créé notre réseau”.
Constitué en 2024 et présidé depuis par Tristan De Witte, le Réseau Excellence EPV a remplacé l’ex ANEPV (Association Nationale des EPV) existant depuis l’origine du Label E¨V, avec une organisation et une démarche plus proactive en termes de communication et ancrée sur les territoires. Une douzaine d’associations régionales est ainsi réunie par une Fédération (le Réseau).
“Chacune compte une centaine d’entreprises se rencontrant de façon régulière. Cela permet aux membres de découvrir d’autres métiers et, notamment, d’imaginer des co-productions avec des pairs partageant le même niveau d’exigence. C’est la vertu de notre réseau multisectoriel”, explique Tristan De Witte.
La reconnaissance de l’Etat
L’ensemble du Réseau Excellence EPV s’attelle à faire connaître les atouts uniques du label. Plus que d’autres moyens de se valoriser pour les entreprises hexagonales (via par exemple, leur implantation, comme Origine France Garantie), “EPV distingue les meilleurs fabricants dans leur domaine, une assertion que garantit l’État mieux que ne peuvent le faire les entreprises elles-mêmes”, souligne Tristan De Witte.
La labellisation d’une entreprise est le fruit d’un processus d’instruction de six mois. Pour obtenir ce label, il faut être détenteur d’un savoir-faire, artisanal ou industriel, rare et d’excellence et faire preuve d’un ancrage territorial. “La rareté peut être celle d’un geste réalisé depuis toujours dans l’entreprise, d’un matériel ou outillage ancien”, note Tristan De Witte. L’excellence peut être prouvée par des indices tels que “le fait d’être le sous-traitant d’une grande Maison de luxe ou d’avoir un Meilleur Ouvrier de France dans son équipe”.
Les sociétés candidates font l’objet d’un audit sérieux par SGS France, leader mondial des services de tests, d’inspection et de certification, mandaté par la Direction Générale des Entreprise. L’audit fait l’objet d’une analyse auprès d’un comité d’experts nommés par le Ministère de l’Economie et des Finances, qui valide ou non le dossier pour que la préfecture valide l’attribution du label, pour une période de cinq ans renouvelables.
Environ 1 300 entreprises sont aujourd’hui labellisées, soit près de 59 000 emplois et plus de 14 milliards d’euros de chiffre d’affaires cumulé. Parmi les secteurs représentés (Maison, Gastronomie, Joaillerie, Arts de la table…), la Mode compte environ 250 entreprises labellisées, dont 150 dans l’Habillement. Parmi celles-ci, on trouve des entreprises aux savoir-faire aussi divers que celui de Le Minor, spécialiste bretonne de la maille artisanale haut de gamme (détentrice de la technique rare du remaillage de luxe), de Tuffery, pionnier cévenol du jean français depuis 1892 ou encore le normand Kiplay, expert des vêtements de travail depuis 1921, produisant également sa marque de prêt-à-porter. La Société Choletaise de Fabrication, elle, tisse, tricote, tresse ou réalise en dentelle des textiles étroits sur mesure (galons, lacets…) pour, notamment de grandes Maisons de la mode et du luxe. “Elle a racheté des métiers du XIXe siècle menacés de disparition, permettant de tisser très finement”, souligne Tristan De Witte.
Un levier de compétitivité
Pour toutes ces entreprises, le label EPV est un indéniable levier de compétitivité et de reconnaissance. En commençant à l’international, alors que 80 % des entreprises labellisées exportent, avec en moyenne 52,3 % de leur chiffre d’affaires ainsi réalisés. “Pour les entreprises EPV, en général positionnées sur le haut-de-gamme, le marché français est trop petit, explique Tristan de Witte. Le fait que l’État vous ait distingué est un atout majeur à l’export. Notre Réseau organise des voyages ou participations à des Salons, souvent aidés par Business France. Quand les entreprises EPV se déplacent ensemble, par exemple à Ryad où l’univers local est très exigeant, c’est très efficace. Un label EPV, indicateur d’excellence, permet parfois d’accélérer un plan de développement de l’export ou dans le B2B”.
En France, les Maisons premium ou de luxe, parfois elles-mêmes labellisées (comme Hermès, Louis Vuitton ou les ateliers de Paraffection, filiale métiers d’art de Chanel…), sont sensibles à ce label chez un sous-traitant. Pour mettre en valeur ces entreprises exceptionnelles, la plateforme de la Maison du Savoir-Faire et de la Création, qui met en relation marques et fabricants, a d’ailleurs ajouté un critère "Entreprises du Patrimoine Vivant" dans la liste des distinctions affichées par ces derniers.
La labellisation EPV permet aussi de bénéficier d’un crédit d’impôt pour les métiers d’art plus généreux, fixé à 15% des dépenses éligibles contre 10% pour une entreprise classique. Côté RH, le label EPV renforce la marque employeur et la fierté d’appartenance des salariés. “On a beaucoup de difficultés aujourd’hui à recruter, mais quand on est EPV, cela aide. C’est très important quand on est dans un métier de production de montrer un supplément d’âme”, explique Tristan De Witte. En rejoignant le réseau, il est enfin possible de participer à des formations, masterclass, de rencontrer d’autres entreprises, de sortir d’un environnement professionnel trop cloisonné…
“Candidater au label a un petit coût (1000 à 2000 € selon la taille), couvrant partiellement les frais du travail de sélection d’environ 4000 €, essentiellement pris en charge par l’État, mais on reçoit beaucoup plus qu’on ne donne”, assure Tristan De Witte, qui incite les entreprises labellisées à s’inscrire “dans cette dynamique de capitaliser sur leurs savoir-faire ancestraux” et à s’investir au maximum dans la vie du label pour en tirer les bénéfices individuels et collectifs.
Des EPV très innovantes
Les investissements nécessaires pour conserver son niveau qualitatif et renouveler son label tous les cinq ans ne lui semblent pas un obstacle. “Les EPV ne sont pas des entreprises vieillottes. Au contraire, elles cherchent toujours à trouver les meilleures méthodes de production d’excellence et sont dans une dynamique d’innovation exigeante. Je vois des entreprises EPV, y compris petites, qui utilisent ou s’intéressent à l’impression 3D ou à l’IA”, précise-t-il.
Pour les labellisées, rejoindre EPV est enfin l’assurance de bénéficier du levier des trois filières d’excellence, mises en place par le Réseau Excellence, en commençant par la Maison (Contract) il y a deux ans, avant la Gastronomie et la Mode, il y a six mois.
Celles-ci rassemblent des petits groupes de responsables d’entreprises EPV, chargés de rédiger une feuille de route stratégique. Dans la Mode, s’impliquent ainsi Olivier Verrièle (Société Choletaise de Fabrication), Clément Pradal (Kiplay), Julien Tuffery (Tuffery), Clémentine Colin (Fédération Française de la Chaussure), Jean-Baptiste 0’Neill (le Soulor), Catherine Cousin (Filt)...Parmi les enjeux : aller de façon groupée à l’export, en profitant des Fashion Week pour organiser des évènements très qualitatifs ou lancer des passerelles de création entre industriels et artisans EPV.
Le tout permettra de déployer “une force de frappe assez énorme”, estime Tristan de Witte.
Pour faire rayonner le label EPV, le Réseau met par ailleurs en place des ambassadeurs médiatiques, à l’instar, dans la Maison, de l’architecte Jean-Michel Wilmotte ou dans la Gastronomie, du chef pâtissier Pierre Hermé. Dans la Mode, un premier ambassadeur, un directeur artistique renommé, sera annoncé au second semestre.
Pour l’avenir, Tristan De Witte formule enfin le vœu que les donneurs d’ordre du luxe, gardant jusqu’ici secret le nom de leurs sous-traitants, déverrouillent davantage la communication pour faire rayonner les EPV. “Certains ont commencé à le faire et s’impliquent même davantage dans la vie du label…”, se réjouit-il.





