Julien Faure, l’excellence de l’industrie rubanière

Depuis plus de 160 ans, l’entreprise Julien Faure préserve dans la région stéphanoise un savoir-faire rare ; celui du ruban, destiné aujourd’hui aux plus grandes Maisons de luxe et marques premium. Entre métiers centenaires, innovation technique et transmission familiale, l'entreprise démontre que derrière un ruban se cache un concentré d’excellence industrielle française et une multitude d’applications.
Si le ruban accompagne depuis des siècles les créations vestimentaires, sa fabrication mobilise des compétences techniques particulièrement pointues. De la conception jacquard à la préparation des métiers, en passant par le tissage et le contrôle qualité, l’entreprise Julien Faure maintient une expertise dont elle est aujourd’hui l’une des rares représentantes en France.
Héritier de la fabrication du ruban

L’histoire de Julien Faure est indissociable de celle de la région stéphanoise longtemps marquée par l’essor de la rubanerie. Pourtant, rien ne prédestinait la famille à ce métier, “nous n’étions pas dans cette profession-là, son père était jardinier”, raconte Julien Faure à propos de son arrière-arrière-grand-père, qui a appris le métier auprès d’un confrère avant de créer son propre atelier en 1864. L’entreprise produit alors des rubans dits “de mercerie” avant de se tourner progressivement, sous l’impulsion des générations suivantes, vers les rubans “de haute nouveauté”. Plus élaborés et plus créatifs, ces derniers viennent orner les vêtements, les chapeaux ou encore les chaussures, témoignant déjà de la diversité des applications du ruban.
Les décennies suivantes sont marquées par une capacité d’adaptation constante. L’entreprise traverse les deux guerres mondiales, fait face à la disparition progressive de la production de soie française, obligeant à s’approvisionner à l’international et survit à une profonde transformation de l’industrie textile française. Après la guerre, la famille développe également d’autres activités autour du textile. Un des oncles de Julien Faure élargit notamment son savoir-faire aux écharpes, aux carrés de soie puis au tissu au mètre, participant ainsi au rapprochement avec l’univers de la soierie lyonnaise. Une histoire qui explique aussi les choix stratégiques réalisés par la suite.
Le pari d’un accessoire devenu produit d’excellence

Lorsque Julien Faure rejoint l’entreprise familiale en 1995, le contexte est particulièrement difficile, il a “dû restructurer car nous avions une division du chiffre d’affaires par deux en peu de temps dans les années 90”, se souvient le dirigeant. Face à cette situation, il prend l’importante décision d’abandonner progressivement l’activité de tissu au mètre devenue déficitaire pour revenir à ce qui fait la singularité de l’entreprise : le ruban jacquard. Ce recentrage marque un véritable tournant et permet à l’entreprise de renforcer son positionnement auprès des Maisons de luxe.
Derrière le ruban se cache une grande diversité de produits. Rubans gros-grain, utilisés notamment pour les chapeaux et les chaussures, satin de soie à l’aspect lisse et raffiné, rubans sergés, rubans jacquard aux motifs complexes ou encore galons techniques… chacun possède sa propre construction textile ! Les équipes travaillent une grande variété de matières, comme la soie naturelle, le coton, le polyester ou la viscose, mais aussi les largeurs, les armures, les dessins, les logos ou encore les contextures (ces reliefs et textures qui apportent toute sa singularité au ruban). Cette capacité de création constitue l’un des grands atouts de l’entreprise. Les 8 personnes de l’équipe dédiée accompagnent les marques dès les premières étapes de leur réflexion. Les équipes proposent, réalisent des simulations puis des échantillons afin d’aider les designers à se projeter dans les usages possibles du produit, “le client doit comprendre tout ce qu’il peut faire d’un ruban”, explique le dirigeant.
Cette recherche permanente d’innovation permet également au ruban de trouver de nouvelles applications comme des bracelets de montre intégrant directement des tunnels tissés dans la matière ou encore des rubans techniques contenant des fils métalliques électromagnétiques destinés à intégrer des puces électroniques, ainsi que d’autres développements dans le secteur médical.
La soie conserve également une place importante dans les ateliers. Les fils, transformés par des mouliniers français ou italiens puis teintés chez le dernier teinturier de fils de soie français situé à une trentaine de kilomètres de l’entreprise, sont ensuite travaillés pour créer notamment des étiquettes uniques en soie naturelle jacquard. De véritables signatures pour les Maisons, associant authenticité, traçabilité et savoir-faire !
Un patrimoine artisanal et industriel au service de l'innovation

Aujourd’hui, Julien Faure emploie près de cinquante collaborateurs et insiste sur sa particularité “de maîtrise de la conception et de la fabrication, de A à Z”. Cette expertise repose sur un patrimoine industriel exceptionnel, puisque l’entreprise conserve près de 20 métiers historiques, dont certains datent de 1850. Afin de les préserver et de continuer à les faire évoluer, cinq personnes sont entièrement dédiées à la mécanique textile. Réparation, entretien, adaptation des équipements, un savoir-faire interne qui permet à l’entreprise de conserver une autonomie rare !
Parallèlement, l’entreprise “a conçu et fabriqué 30 métiers”, précise le dirigeant. Ces équipements reprennent le principe du tissage jacquard à navette tout en améliorant les performances des machines historiques. Avec une image qui résume parfaitement cette idée, Julien Faure explique que ses “métiers sont des 4x4 qui peuvent passer partout alors que les métiers modernes sont des Formule 1 qui sont en panique quand elles sortent de leur circuit”. Cette maîtrise technique se retrouve dans chaque détail de fabrication, en effet “la grande différence entre le tissu et le ruban c’est la lisière, il faut qu’elle soit parfaite dès le départ”, explique-t-il.
L’entreprise a également été pionnière dans la modernisation du travail jacquard. Autrefois, un motif était dessiné à la gouache, traduit en mise en carte sur papier millimétré, puis transformé en cartons Jacquard perforés avant de pouvoir guider le métier. Aujourd’hui, le logiciel développé par l’entreprise permet de réunir ces étapes, de programmer directement certaines mécaniques et de réaliser des simulations textiles avant même l’échantillonnage. Cependant, derrière ces technologies se cachent avant tout des gestes humains rares ! Tisseuses, préparatrices de métiers, caneteuses ou encore tordeuses, capables d’assembler manuellement des fils extrêmement fins sans réaliser de nœud, participent quotidiennement à la fabrication. Chaque bobine est contrôlée dans son intégralité avec un objectif clairement annoncé : “on vise le zéro défaut, c’est notre prix”, rappelle le dirigeant.
La transmission constitue aujourd’hui un enjeu majeur. “La dernière tisseuse formée en école de tissage l’a été en 2000”, souligne le dirigeant. Face à la disparition des formations spécialisées, l’entreprise recrute désormais des profils débutants et les forme en interne, parfois pendant plusieurs années pour acquérir toute la diversité des gestes nécessaires. Cette volonté de préservation se retrouve également dans les archives de l’entreprise, dont 25 000 pages et près de 200 000 motifs textiles ont été numérisés.
Alors que la sixième génération s’apprête à prendre le relais, Julien Faure garde en tête la responsabilité de transmettre cet héritage. “Ma fille a décidé de reprendre la suite mais elle est bien courageuse !”, confie-t-il avec sourire. Un message qui résonne comme un appel à soutenir ces entreprises dont la pérennité dépend autant de leur capacité à innover que de la confiance que les marques leur accordent.
Pour en savoir plus, découvrez la fiche entreprise de Julien Faure.
Rédaction : Julie Delaremanichère





