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Le Palais Galliera, protecteur du passé et de l’avenir de la mode française

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Le plus remarquable musée de la mode en France s’attache à rendre visibles les créations mais également les métiers et savoir-faire qui les irriguent depuis toujours. Et ce à travers des expositions et des partenariats qui montrent leur vitalité actuelle, au-delà de leur héritage historique.

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Plus que jamais, la visite du Palais Galliera s’impose aux acteurs et amateurs de la mode française. Initialement pensé par la Duchesse de Galliera, fin du XIXème siècle, pour abriter sa collection d’art, cet élégant bâtiment de style néo-renaissance, en plein seizième arrondissement, a changé de vocation après son legs à la ville de Paris. 

Le déclic ? Un autre don fait à la capitale, en 1920, celui de la collection de 2000 pièces de la Société d'Histoire du Costume fondée par le peintre Maurice Leloir. “La ville a vu l’intérêt de préserver l’histoire de celles et ceux qui ont participé à la création en matière de mode. Elle a enrichi cette collection à la faveur d’acquisitions et de grandes donations, dont 12 000 œuvres ces dix dernières années, pour atteindre près de 200 000 pièces aujourd’hui, conservées, entretenues, restaurées et montrées au public. Nous sommes ainsi responsables d’une collection inaliénable, très riche, la plus importante de Paris et l’une des plus importantes au monde”, explique Emilie Hammen, la directrice du Palais Galliera.           

 

Du 18ème siècle à nos jours

Scénographie : Sandra Courtine, CIEL architectes. © Palais Galliera / Paris Musées

En 1977, le Palais Galliera est devenu officiellement le Musée de la Mode de la Ville de Paris, avec une collection de vêtements historiques, de Haute Couture et de créations contemporaines allant du 18ème siècle à nos jours.

Entre 2018 et 2020, le Musée connaît une autre évolution majeure : des travaux permettent de doubler sa surface d’exposition à 1400 m2. “Alors que nous étions contraints de fermer, parfois jusqu’à neuf semaines entre deux expositions, nous pouvons désormais ouvrir en permanence avec la possibilité d’organiser deux expositions en même temps”, indique Grégoire Ruhland, secrétaire général du Musée.

Entre 300.000 et 400.000 visiteurs s’y pressent annuellement depuis sa réouverture. Ils viennent et reviennent dans un musée qui ne présente à la fois que 8% de ses fragiles 200.000 pièces, via des expositions éphémères. Les autres pièces font l’objet de restaurations préventives ; un costume exposé pendant quatre mois devant rester au repos en réserve pendant quatre ans à l’abri de la lumière ! 

“Nos responsables de la conservation veillent, avec nos restaurateurs, à préserver ces pièces pour les faire vivre le plus longtemps possible”, souligne Grégoire Ruhland. Les trois restauratrices du Palais Galliera respectent ainsi les standards internationaux de la restauration textile, identiques à ceux des objets d'art : lisibilité, visibilité, compatibilité et réversibilité des interventions. “En cas de besoin d’une aide supplémentaire, comme il ne s’agit pas d’un travail de “recréation”, nos restaurations ne peuvent pas être confiées à des artisans d’art mais à des restaurateurs extérieurs”. Lesquels respectent un cahier des charges, avec un suivi de leur travail par les restauratrices du musée, en relation avec le conservateur.

 

Une mode essentiellement française

Emilie Hammen, directrice du Palais Galliera, Grégoire Ruhland, secrétaire général du Palais Galliera. © Palais Galliera / Paris Musées

Ces précautions permettent de préserver ces précieux témoignages d’une mode et confection essentiellement françaises. S’il estime compliqué de déterminer le pourcentage du "made in France" au sein du musée, Grégoire Ruhland admet que celui-ci domine largement les “pièces historiques dans la mesure où la mondialisation est un phénomène récent”. Pour le prêt à porter, “la façon est 100% française jusqu’aux années 60, mais plus systématiquement à partir des années 70, époque pour laquelle le traçage de provenance n’est pas toujours possible sur les étiquettes des fabricants”. Pour autant, le Musée a à cœur “d’être factuel quant à l’histoire de la mode, de sa complexité”, en portant son regard sur “des parcours, des personnalités et des métiers longtemps moins valorisés, voire invisibilisés. Nous sommes invités à raconter l’histoire de la mode pas seulement par le prisme des griffes. C’est ce que nous essayons de faire en particulier avec l’exposition actuelle sur les savoir-faire, en allant à la rencontre de ses métiers”.

D’une durée de dix mois, du 13 décembre dernier au 18 octobre prochain, cet opus baptisé “Tisser, broder, sublimer” est le premier d’une trilogie consacrée aux savoir-faire (les deux suivants devant porter sur la mise en volume et les matières).

Il fait partie de ces expositions de format long, désormais organisées par le Musée en rez-de-jardin et valorisant essentiellement les pièces du musée, soit actuellement 350 d’entre elles (textiles, vêtements, documents, photographies).

Parallèlement, d’autres expositions plus éphémères, s'ouvrent aussi à d’autres ressources. Actuellement “La Mode du 18e siècle. Un héritage fantasmé”, ouverte depuis le 14 mars et jusqu’au 12 juillet, expose une pièce maîtresse à fort pouvoir émotionnel : le corset de Marie Antoinette !

 

Lumière sur les artisans

École Duperré, jeune femme en contre-jour en train de broder sur du tulle
École Duperré, young woman against the light embroidering on tulle
© Cinémathèque Robert Lynen

L’exposition sur les savoir-faire permet, elle, “de donner voix au chapitre aux artisans s'effaçant en général derrière les grands noms de la mode et qui sont pourtant essentiels en termes d’innovation et de création”, souligne Grégoire Ruhland. Cette mise en valeur s’exprime de différentes manières avec, outre un partenariat avec la Manufacture 19M de Chanel, dont les ateliers exposent dans la Galerie des métiers d’art, une programmation culturelle et un travail de médiation imaginés autour de l’exposition.

Pendant les prochaines Journées Européennes des Métiers d’Art, le Palais Galliera organise ainsi, du 7 au 11 avril prochains, des “Rendez-vous d’Exception”, comprenant une visite thématique de l’exposition et une rencontre avec un artisan d’art. Les brodeurs Laetitia Baqué et Victor Molinié, le plumassier Julien Vermeulen, la modiste-plumassière Blandine Mercier, les créatrices textile Aurélia Leblanc et Ella Guarrigue et la brodeuse d’art plasticienne Capucine Herveau, sont annoncés. Grégoire Ruhland souligne l’intérêt “de montrer à quel point ces savoir-faire continuent de vivre”.

 

Des interactions fécondes

Scénographie : Sandra Courtine, CIEL architectes. © Palais Galliera / Paris Musées

Un autre événement a lui été imaginé en écho à l’exposition par le Palais Galliera avec MoMADe, le Campus d'excellence Mode, Métiers d'Art & Design, le réseau composé d’écoles de modes parisiennes et franciliennes et de l'École du Louvre. Des étudiants proposent aux visiteurs des médiations et des démonstrations de savoir-faire d’exception (broderie, plumes, fleurs artificielles, tissage..).  Après ceux des Lycées Octave Feuillet et La Source, les 30 janvier et 27 mars derniers, les étudiants de l’École Duperré Paris et l’ENSCI-Textile interviendront les 29 mai et 26 juin prochains. Autant d’“interactions très fécondes” qu’Emilie Hammen veut renforcer.

Loin d’être figé sur le passé, le Palais Galliera accueille aussi chaque année les pièces des lauréats mode des Grands Prix de la Création de la Ville de Paris.  “Ce soutien à l’émergence est important car ces jeunes diplômés et lauréats sont les créateurs de demain. C’est sur eux que les Maisons et les ateliers vont s’appuyer pour continuer de créer les pièces qui entreront demain dans notre Musée”, conclut la directrice.

Alors que la Fast Fashion étend son univers de façon tentaculaire, le Palais Galliera remplit une mission de salubrité publique : rappeler aux jeunes et aux moins jeunes l’héritage inestimable de la mode et sa fabrication française dans un monde globalisé, avec sa richesse, sa complexité, mais aussi la vitalité de ses métiers. Courez vite au Palais Galliera !

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