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Marcy, l'art de la plume en héritage

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À sa tête, Marie-Laure Coltee incarne une transmission familiale où le geste se conjugue à la réflexion, à l’expérimentation et à la créativité constante. Ici, rien n’est standardisé car chaque plume impose son rythme par sa texture, sa couleur et chaque commande devient un terrain d’invention au service des créateurs, des Maisons de luxe et des arts de la scène.

 

L’histoire d’un artisanat de famille

Le lieu est indissociable de l’histoire de la famille Coltee. En 1850, on y confectionnait des robes de soirée et des tenues de mariée dans des espaces déjà pensés pour accueillir des pièces aux volumes variés, une modularité encore précieuse aujourd’hui pour notamment “des grandes pièces de Music-Hall”, note la dirigeante.

En 1966, son père fonde l’atelier. Ébéniste de formation, il commence par fabriquer des métiers pour plumassiers, notamment pour ses propres parents qui produisaient les fameuses houppettes en peau de cygne, avant de devenir lui-même artisan de la plume. L’entreprise connaît alors une phase de fort développement, passant d’un réseau d’ouvrières travaillant à domicile dans plusieurs régions à près de 70 salariés sur site. Puis la concurrence internationale bouleverse l’équilibre économique avec l’arrivée de produits importés à très bas prix obligeant l’atelier à se réinventer pour répondre notamment aux exigences des grandes Maisons de luxe, part importante de sa clientèle.

Aujourd’hui, l’atelier fonctionne avec une équipe resserrée d’une dizaine de personnes, toutes hautement polyvalentes. “Elles se sont très bien formées par transmission en interne, notre savoir-faire évolue en fonction des demandes et donc de la mode”. Une structure familiale demeure : père, frère, mari, fille travaillent ensemble, dans une transmission informelle mais continue, “je n’ai fait aucune formation dans la plume mais je suis ici depuis que j’ai deux ans”, confie la dirigeante.

 

Une matière sous contraintes : sélectionner, protéger, archiver

Dans la plumasserie, le travail commence bien avant l’assemblage, il débute par la compréhension d’une matière organique, fragile et réglementée. “Avant, on allait piocher dans le vivant sans réfléchir aux conséquences”, reconnaît Marie-Laure Coltee. Aujourd’hui, seules des plumes issues d’espèces autorisées et de la consommation alimentaire sont utilisées (coq, dinde, poule, oie, autruche, faisan, perdrix…), ce qui impose de composer avec une disponibilité et des prix variables et des exigences de traçabilité. Les contraintes sanitaires sont lourdes et la logistique particulièrement risquée : “s’il manque un document douanier, le colis est détruit. Il n’y a pas d’assurance”, exprime la dirigeante.

Les plumes arrivent nettoyées et pré-triées, mais un second tri est systématiquement réalisé à l’atelier. Longueur, souplesse, densité, teinte, régularité : chaque critère conditionne l’usage futur. “Il y a des plumes d’ailes, de queue, de corps… des tailles différentes”. Cette sélection est déterminante car on ne choisit pas la même plume pour une frange, un boa, une broderie, une parure ou un accessoire.

La plume se conserve très bien si elle est bien protégée, car on est sur une composition en cellulose et kératine”, précise la dirigeante. La plume n’aime pas la lumière et les mites ! D’où une organisation de stockage conséquente avec un entrepôt de 1 500 m² et des réserves sur site sur plusieurs niveaux, qui permettent de sécuriser la matière et de conserver un fonds d’archives exceptionnel.

Certaines plumes datent de 1890 et ne sont destinées qu’aux musées et aux arts de la scène puisque “nos archives ne servent jamais à du commercial », rappelle Marie-Laure Coltee. Elles nourrissent un travail de reconstitution et de création pour des productions majeures : opéras, théâtre, cinéma, Disney, Le Roi Lion, Les Trois Mousquetaires, ou plus récemment Emily in Paris. Une façon de faire vivre le patrimoine, tout en préservant la rareté des matières anciennes.

 

Transformer la plume, gestes, teinture et création sur-mesure

Une fois la matière sélectionnée, commence le véritable cœur du métier : la transformation. La teinture occupe une place centrale dans ce processus. Réalisée entièrement à la main, à partir de colorants destinés aux matières naturelles et délicates, elle ne repose sur aucune recette figée. Hydrométrie, structure de la plume, absorption de la couleur, chaque paramètre influe sur le résultat. “On ne peut jamais reproduire exactement une teinte de la même manière”, explique Marie-Laure Coltee.

Certaines plumes nécessitent un traitement spécifique, d’autres ne supportent pas la chaleur. Le séchage doit alors être adapté, sans apport thermique direct, avant que les plumes ne soient étendues puis battues pour retrouver leur volume. La teinture des plumes n’est pas « grand teint », certaines couleurs foncées ou vives peuvent dégorger. Ainsi un passage au pressing est recommandé pour certains produits afin de stabiliser la couleur, une contrainte assumée pour préserver la matière. Le reste du travail est quasi exclusivement manuel. Boas, franges, pompons, broderies ou accessoires requièrent une véritable main. “Les seules machines que nous avons sont les machines à coudre, le reste, c’est la main de la plumassière”, déclare la dirigeante. Pour un boa classique, il faut compter environ quatre jours de travail, entre tri, teinture, séchage, préparation et tournage. Cette dernière étape, aussi appelée le frimatage, consiste à faire tourner la matière sur elle-même à la main ou à l’aide d’un dispositif développé en interne, afin de lui donner volume et mouvement avant la pose sur le modèle.

L’atelier innove aussi par nécessité. Les essais de teinture sont réutilisés pour créer des séries limitées, vendues en ligne permettant de ne pas gaspiller et de créer des pièces uniques. Les commandes en ligne se développent, notamment autour des plumeaux et l’atelier affectionne tout particulièrement la création de pièces exclusives, parfois produites à un ou deux exemplaires seulement.

Parallèlement, Marcy Plumassier développe ses propres collections d’accessoires et de bijoux, aux couleurs chaudes et dégradées, qui seront présentées notamment sur le salon Maison & Objet du 15 au 19 janvier. Pour Marie-Laure Coltee, l’enjeu est clair, “la plume est un objet du désir, mais on ne veut pas qu’elle reste confidentielle”. Démocratiser sans banaliser, proposer des pièces accessibles sans renoncer à l’exigence : une vision fidèle à l’ADN de l’atelier, où héritage, créativité et respect de la matière avancent ensemble.

 

Pour en savoir plus, découvrez la fiche entreprise de Marcy Plumassier.

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