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Laulhère, l’histoire du béret français comme matière d’avenir

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À Oloron-Sainte-Marie dans les Pyrénées, Laulhère abrite depuis 1840 la fabrication du béret français. Tricotage, foulonnage, teinture, mise en forme et confection sont réunis dans un même atelier, où près de 50 personnes font vivre des savoir-faire devenus rares, sous la direction de Rosabelle Forzy.

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Derrière son produit emblématique, Laulhère maîtrise un métier plus vaste : celui du “feutre en forme”, à la croisée de la maille, de l'ennoblissement et de la confection. Une richesse technique que l’entreprise met aujourd'hui au service de ses collections, de ses productions pour les grandes Maisons et du marché militaire, tout en explorant de nouveaux produits et de nouvelles matières.
 

Un couvre-chef devenu véritable accessoire de mode

Crédit photos : © Laulhère

L'histoire industrielle de Laulhère commence en 1790, avant que le béret n'entre dans les ateliers en 1840. À l'origine, ce couvre-chef est étroitement lié au territoire pyrénéen et à ses bergers. Au fil des décennies, il quitte progressivement les montagnes, se féminise et devient tour à tour accessoire populaire, militaire, artistique et objet de mode.

“C’est un produit riche d'histoire. Le Che, Picasso, l'émancipation féminine dans le cinéma… Le béret ne fait qu'accentuer la personnalité de celui qui le porte”, résume Rosabelle Forzy. Après les années fastes du béret jusqu'aux années 1950, l'entreprise est confrontée, comme une grande partie de l'industrie textile française, aux délocalisations et à la concurrence asiatique. Depuis une quinzaine d'années, la trajectoire s'est inversée avec de nouveaux investissements et une politique de préservation des savoir-faire.

À son arrivée il y a onze ans, Rosabelle Forzy est justement frappée par le décalage entre la puissance symbolique du béret et la réalité de sa production : “J'ai trouvé aberrant qu'un produit aussi iconique ne soit plus fabriqué en France, fabriqué à l'étranger pour être revendu en France”, s’exclame-t-elle. Laulhère s'appuie aujourd'hui sur un atelier pour deux marques. Premièrement Laulhère, tournée vers les accessoires de mode et Plein Ciel, dédiée au marché militaire. L'entreprise travaille avec plusieurs Armées et produit également pour de grandes Maisons de mode.

Son histoire nourrit parallèlement ses propres collections. Anciens écussons, motifs, formes et moules ressortent régulièrement des archives pour être réinterprétés. “Nous sommes les gardiens historiques de ce savoir-faire”, souligne la dirigeante. Un patrimoine qui n'interdit donc ni la création mode ni l'évolution du produit.

 

Du tricot au feutre, une maîtrise collective

Crédit photos : © Laulhère

Les étapes clés de la réalisation du béret sont réalisées dans des ateliers distincts. Le béret commence ainsi par celui du tricotage. Les machines, aujourd'hui automatisées, nécessitent néanmoins programmation, réglages et surveillance humaines. La pièce tricotée passe ensuite par l'étape emblématique de Laulhère : le foulonnage.

Sous l'action combinée de l'eau, du savon, de la température et du frottement, la maille se resserre progressivement pour devenir un feutre dense et résistant. “Pour moi, l'étape clé est celle du foulon. C'est l'étape magique, celle qui fait que c'est un modèle Laulhère”, confie-t-elle.

Cette densité fait donc partie de la signature de Laulhère, davantage de laine est utilisée pour obtenir une matière qui tient, résiste et ne se déchire pas. Chaque béret est pesé et son grammage contrôlé. Après le foulonnage vient la teinture, elle aussi réalisée dans l'atelier, où les coloris sont développés en interne.

Encore humide, le feutre est ensuite mis en forme sur des moules avant de passer au four. Certains moules sont récents, d'autres ont été retrouvés dans les archives. Machines anciennes et équipements modernes se côtoient ainsi au fil des étapes, tandis qu'une part importante des opérations reste manuelle tels que grattage, finitions, pose des écussons, travail du cuir ou piquage.

Crédit photos : © Laulhère

La confection achève la transformation, “le béret traditionnel a sa base en feutre, une coiffe satinée à l'intérieur, un écusson historique, un pin's de Laulhère et le tour de tête en cuir avec la bouffette”, détaille la dirigeante. À chaque sortie d'atelier, un contrôle permet de vérifier par ailleurs la conformité de la pièce avant l'étape suivante.

Cette maîtrise permet aujourd'hui d'aller bien au-delà du béret. Casquettes, bonnets, cagoules ou encore sacs en feutre en forme enrichissent progressivement le champ d'expression de l'atelier. Laulhère expérimente également sous l’impulsion “des marques qui viennent nous voir et nous challengent. La laine, on connaît, mais on peut avoir du cachemire ou du coton à travailler, des techniques que l'on maîtrise, d'autres que l'on apprend ou que l'on développe”, explique-t-elle. L'innovation repose ainsi sur l'ensemble des compétences disponibles des tricoteurs, foulonneurs, teinturiers, confection, maintenance et production participent aux développements. Ainsi, ceux qui fabriquent sont aussi ceux qui expérimentent !

 

Transmission, responsabilité et temps long

Crédit photos : © Laulhère

Cette organisation repose sur des compétences qui, pour beaucoup, ne s'apprennent pas à l'école. Elles se transmettent directement dans l'atelier et sur la quarantaine de collaborateurs de Laulhère, 25 à 30 travaillent à la production, avec des profils mêlant salariés expérimentés et nouvelles générations.

Les récents départs en retraite, dont certains collaborateurs étaient présents depuis plus de quarante ans, ont renforcé cet enjeu. “Nous avons eu toute une vague de départs en retraite qui nous a obligés à organiser des tuilages de savoir-faire ; nous mettons en place des binômes et des fichiers de compétences pour assurer la transmission et la continuité de la production”, explique Rosabelle Forzy.

L'apprentissage demande du temps puisqu’il faut plusieurs mois pour maîtriser certaines opérations de teinture, environ un an pour devenir autonome sur la programmation du tricot et parfois plusieurs années pour certaines techniques de piquage. Le tutorat, la polyvalence et l'accueil régulier de stagiaires et d'alternants permettent de préparer la relève, mais la transmission dépasse la seule maîtrise du geste. En effet, selon Rosabelle Forzy, “quelqu'un qui n'aurait pas cette sensibilité à la matière, au savoir-faire et au beau ne pourrait pas rester longtemps. Il faut aussi avoir la capacité d'innover et de se remettre en question”.

Cette recherche de continuité s'accompagne d'une réflexion sur l'impact de la production. Laulhère travaille notamment sur la traçabilité de ses matières, le développement de la laine française et la maîtrise de ses teintures. L'eau utilisée dans l'atelier est récupérée et retraitée dans le cadre d'un dispositif contrôlé régulièrement et mis en place avec la Mairie en 2022. La production à la commande permet de limiter les stocks. Les pièces présentant un défaut ne sont pas systématiquement écartées puisqu’un un béret dont la teinture n'est pas conforme peut, par exemple, être conservé puis reteint en noir permettant de ne jeter aucun béret.

Ces engagements se confrontent néanmoins à l'équation économique de la fabrication française. “Le client final veut du Made in France mais n'a pas forcément envie de le payer”, constate Rosabelle Forzy. Une tension qui pousse Laulhère à miser sur ce qui ne peut être facilement reproduit ailleurs : la qualité, l'innovation et la richesse de ses savoir-faire. Face à une mode toujours plus rapide, Laulhère revendique le temps nécessaire au geste, à l'apprentissage et à la durée du produit. Certains clients viennent encore avec le béret de leur grand-père pour le restaurer ou en retrouver un semblable. Une forme de transmission qui dépasse les murs de l'atelier.

“On essaie de réécrire 180 ans d'histoire sans lâcher nos valeurs. Il faut se rappeler pourquoi on le fait, ce qu'on apporte au marché, pourquoi on est là. Se réinventer pour continuer à faire sens dans la société”, conclut Rosabelle Forzy.

 

Pour en savoir plus, découvrez la fiche entreprise de Laulhère.

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