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Les Teintures de France, l'innovation en couleurs

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Situé en région parisienne, Les Teintures de France s’est fait une place de choix dans l’univers créatif de la mode française. Le contraste entre un ancrage artisanal et la constante quête de l’innovation technique, permet à l’atelier d’accompagner depuis plus de trente ans des acteurs du luxe, créateurs et productions artistiques dans leurs besoins de transformation textile. Derrière chaque pièce, se trouve un travail minutieux de teinture, de délavage et d’ennoblissement faisant de la matière un véritable terrain d’expérimentation.

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Dirigée par Serge Haouzi, entouré de sa famille et de son associé Thierry Azerad, l’entreprise a connu une forte évolution ces dernières années, tout en conservant une approche artisanale. Entre exigences de conception, innovation technique et accompagnement des jeunes créateurs, Les Teintures de France illustrent un savoir-faire en constante mutation, au service de la création contemporaine.

 

Le temps du savoir-faire

Les Teintures de France se définissent avant tout comme une teinturerie artisanale familiale, capable d’intervenir sur une grande diversité de matières. Du coton à la soie, en passant par le polyester, la laine ou encore les accessoires, l’atelier revendique une maîtrise globale de la transformation textile. “On est capables de tout teindre, toutes les matières et sur tous les vêtements et composants (boutons, zip, cordons, dentelles)… TOUT !”, exprime Serge Haouzi.

Avant l’étape de teinture, les matières sont soigneusement préparées, nettoyées et analysées. Chaque textile nécessite un protocole spécifique, tant dans le choix des pigments que dans les techniques et machines à utiliser. Une partie du travail reste volontairement manuelle, notamment pour garantir une précision des couleurs et une qualité d’exécution élevée, comme l’explique le dirigeant “on a gardé une partie ancestrale pour environ 30 % de nos teintures, réalisées à la main. Nos teinturiers sont extrêmement compétents et garantissent une véritable fidélité chromatique”.

Au cœur de l’atelier, 17 teinturiers coloristes travaillent à l’œil, ajustant progressivement les teintes par étapes successives. Chaque bain, chaque ajout de pigment implique un cycle de rinçage et de séchage, dans un processus où la précision prime sur la rapidité. En effet, il explique qu’“il faut y aller progressivement dans la pigmentation car si on fonce trop vite c’est trop tard, on ne peut plus éclaircir”.

 

Des services de pointe conjugués à un engagement durable

Si le geste artisanal reste central, Les Teintures de France a fortement investi dans des technologies innovantes pour répondre aux enjeux contemporains de la filière, notamment en matière d’impact environnemental. “Sur les 1500 produits qu’on utilisait en teinture, plus de la moitié était nocive. Désormais ils sont tous écoresponsables sauf trois. On n’a plus cette odeur forte et désagréable dans l’atelier”.

De plus, l’un des investissements majeurs concerne la mise en place d’une station d’épuration en circuit fermé, permettant de réduire drastiquement la consommation d’eau, historiquement l’un des principaux postes de dépense et d’impact. Dans cette même logique, l’atelier explore également la teinture végétale. Si cette voie reste aujourd’hui limitée à des capsules ou petites productions en raison de son coût et de sa complexité, elle témoigne d’une volonté d’anticiper les évolutions du secteur.

En parallèle, sont développés des procédés alternatifs, notamment pour le traitement du denim. Le délavage à l’ozone, par exemple, permet de supprimer totalement l’usage d’eau et de produits chimiques dans certaines étapes. “Avant, on utilisait des machines avec des centaines de litres d’eau et des produits chimiques. Aujourd’hui, on a un équipement qui utilise l’air pour produire un gaz appelé ozone, sans utiliser d’eau ni générer de pollution”, explique Serge Haouzi. Cette technologie reproduit l’effet du soleil sur les pigments et réduit considérablement les besoins en lavage, avec jusqu’à 80 % d’économie d’eau. Elle coexiste néanmoins avec des techniques plus traditionnelles, comme le stone, l’usage de pierre ponce, encore demandées par certaines Maisons.

L’innovation ne s’arrête pas là : gravure laser sur textile ou cuir, impression numérique, broderie avec teinte du fil en temps réel, impression 3D… L’atelier multiplie les expérimentations pour proposer des effets toujours plus complexes et différenciants. “Nos designers en interne cherchent constamment de nouveaux effets, nouvelles techniques et propriétés de la matière et de la couleur. Cela nous permet de proposer des exclusivités aux clients ou de répondre encore mieux techniquement à leurs envies créatives”, explique le dirigeant.

 

Un partenaire clé de la création, entre urgence et transmission

L’atelier travaille principalement pour la Haute Couture, le spectacle, le cinéma ou encore des clients internationaux. Cette diversité de projets, telle qu’en témoigne le partenariat avec la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques 2024, s’accompagne d’un rythme particulièrement soutenu, où la réactivité est essentielle : “on travaille majoritairement dans l’urgence. On nous appelle pour un rendu le lendemain, voire le jour-même. Nos équipes savent comment faire !”.

Au-delà de cette exigence opérationnelle, Les Teintures de France entretiennent une relation étroite avec les créateurs, confirmés comme émergents. L’atelier collabore régulièrement avec de jeunes designers et des étudiants, notamment en partenariat avec l’IFM, dans une logique de transmission et d’expérimentation mais également certains jeunes créateurs reconnus tels que Weinsanto, Léa Mathonnière Fallot pour Matho ou Lora Sonney pour Sonney. “Les jeunes créateurs viennent en atelier, découvrent les techniques et ça leur donne de nouvelles idées. On peut leur donner les clés pour bien travailler”, témoigne-t-il. Cette immersion dans l’atelier permet de mieux comprendre les contraintes techniques, mais aussi d’ouvrir le champ des possibles en matière de création textile. Certaines collaborations donnent lieu à des développements très poussés, où l’atelier devient un véritable partenaire de recherche. 

Cependant, Serge Haouzi souligne les enjeux de formation dans le secteur. Le métier de teinturier, exigeant et technique, attire aujourd’hui moins de jeunes profils, obligeant parfois à recruter à l’international. Un projet de formation interne est d’ailleurs envisagé pour accompagner le développement de l’atelier. Un développement qui s’apparente à un élargissement de son périmètre et avec l’ambition de devenir un pôle global intégrant teinture, cuir, upcycling et confection. Une évolution qui s’inscrit dans une vision globale du métier, offrant un service de plus en plus complet, entre héritage et innovation : “Honorer le passé tout en embrassant l’avenir”.

 

Pour en savoir plus sur Les Teintures de France, découvrez la fiche entreprise.

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