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Les Grands Prix de la Ville de Paris : un tremplin précieux pour les créateurs

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L’édition 2026 des Grands Prix de la Ville de Paris récompense huit lauréats design, mode et métiers d’art, bénéficiant d’une dotation de 18 000 euros mais aussi de relations privilégiées avec des partenaires. L’occasion pour Anouch Toranian, l’adjointe au nouveau Maire de la capitale, en charge des commerces, de l’artisanat et des professions libérales, de souligner la poursuite de l’engagement de la ville en faveur de la création malgré un contexte budgétaire contraint.

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Ils font partie des rendez-vous les plus médiatisés de la rentrée : le 23 septembre dernier, étaient remis les Grands Prix de la Création de la Ville de Paris.

Créés en 1993, avec à l’origine un lauréat unique, ceux-ci récompensent depuis 2003 trois catégories - design, mode et métiers d’art - avec deux lauréats, émergent et confirmé, dans chaque discipline. Huit créateurs sont ainsi mis à l’honneur par trois Prix Révélation, trois Prix Engagement, un Prix Accessoires Mode et un Prix Accessoires Bijoux.

Dans la mode, après notamment Sakina M’Sa (2007), Yiqing Yin et Julien Fournié (2009), Christine Phung (2011) et Valentine Gauthier (2019), l’édition 2026 a consacré Anthony Calydon, lauréat du Prix Révélation et Samia Boukir (à la tête de Collectivo, un collectif engagé dans la mode upcyclée), Prix Engagement.

"Depuis le lancement officiel de la marque début 2024, nous n’avons eu aucune subvention, explique Anthony Calydon. Il est difficile dans ces conditions de vivre de son travail, de défendre des valeurs de qualité. Ce Prix va nous permettre de nous développer en gardant cette trajectoire et beaucoup nous aider : pour agrandir l’équipe, l’atelier, ne pas délocaliser, continuer à coudre".

Pour Samia Boukbir (Collectivo), qui vient d’inaugurer, le 24 septembre dernier, un labo de 100 m² dans les Puces de Saint-Ouen pour accueillir les créateurs émergents avec qui son collectif collabore, "ce Prix tombe à pic". "Nous allons pouvoir booster notre développement et soutenir tous nos projets, les promouvoir, les enrichir", se réjouit-elle.

"Le premier objectif des Grands Prix est de soutenir financièrement la création", explique Anouch Toranian, adjointe au Maire de Paris en charge des commerces, de l’artisanat et des professions libérales.  Chaque lauréat bénéficie d’une  dotation de 18 000 euros, abondée à raison de 8 000 euros par Paris et le solde par des partenaires privés via le Fonds pour les Ateliers de Paris : la Fédération Française du Prêt à Porter Féminin, Au-Delà du Cuir, Francéclat, le Groupe Galeries Lafayette, ESMOD, Roger Pradier, Brossier Saderne, Victoire et Première Vision. Pour des créateurs souvent en tension économique, ces "18 000€ vont permettre d'acheter des machines, de recruter des apprentis ou stagiaires, de pouvoir répondre à des commandes".

 

Reconnaissance par l'écosystème

Cérémonie - Grands Prix de la Creation de la Ville de Paris 2026 © Matthieu Gauchet
Grands Prix de la Creation de la Ville de Paris 2026 © Nicolas Brulez

Mais pour Anouch Toranian, "plus qu’un beau chèque", l’apport important des Grands Prix est une reconnaissance par l’écosystème et l’accès au carnet d'adresses exceptionnel de Paris. Les lauréats bénéficient en effet d’un accompagnement par les partenaires médias et associés des Prix (Première Classe, Paris Design Week, Maison&Objet, Alliance France Design, le Palais Galliera, le Campus MaNa, Ipocamp, Intramuros, Fashion Network, AD Magazine, La Gazette Drouot, GOODMOODS, Collectible,  Gestes, MODEM, Silhouette, Eyes on Talents, FORMAE, IDEAT, Beau Magazine, Procédés Chénel et Wilde). "Ce partenariat public-privé démultiplie la visibilité des créateurs, notamment via la presse spécialisée et les Salons, mais aussi leurs opportunités de ventes et collaborations…".  Et l’adjointe de donner un exemple concret : la mise à disposition, lors du dernier Paris Design Week, d’espace d'exposition et vitrine pour le Grand Prix catégorie Design, DACH&ZEPHYR par les Galeries Lafayette des Champs-Élysées.

Pour illustrer le caractère déterminant des Grands Prix pour les créateurs et sa complémentarité par rapport à d’autres concours plus dotés (ANDAM, etc), Anouch Toranian cite la candidature cette année d’une maître artisane en héliogravure. "Même avec cette plus haute reconnaissance, rarement obtenue par ses pairs, c'était encore intéressant pour elle de postuler aux Grands Prix !".

Via cette initiative, Paris souhaite aussi "promouvoir la transmission des savoir-faire entre générations, sur fond de crise des vocations".  Son partenariat avec l'École ESMOD va en ce sens. Sur le sujet, l’adjointe évoque deux phénomènes, le vieillissement des artisans mais aussi les reconversions dans les métiers de la main "dans une période où l'intelligence artificielle explose et va supprimer beaucoup d’emplois".

 

Rôle proactif de la capitale

Cérémonie - Grands Prix de la Creation de la Ville de Paris 2026 © Matthieu Gauchet
Grands Prix de la Creation de la Ville de Paris 2026 © Nicolas Brulez

Autre objectif de la ville, notamment mobilisée au sein de Paris Good Fashion : accompagner, via les Prix Engagement, ceux qui participent à l'innovation dans la création avec la même ambition qu’elle-même :  s’attaquer aux défis environnementaux et/ou sociaux.

Enfin, en mettant en lumière tous ces talents, il s’agit de "faire rayonner le rôle politique de Paris en faveur de la création, particulièrement à l'international, en tant que capitale non seulement de la mode mais aussi des savoir-faire et métiers d'art".

De façon plus générale, Anouch Toranian souligne la volonté du nouveau maire de Paris, Emmanuel Grégoire, de prolonger "le rôle proactif" de la capitale sur cette thématique. Elle-même « ne pense pas que ce soit le cas de toutes les grandes villes, métropoles ou régions ». Car c’est une gageure dans un contexte budgétaire à la baisse (moins de dotation de l’Etat, de transactions commerciales…) mais aussi d’évolution des modes de consommation et de mondialisation des savoir-faire et produits.

 

Transmission des savoir-faire

Grands Prix de la Creation de la Ville de Paris 2026_Collectivo © Samuel Gut

"Notre action est très transversale, mais dans le cadre de ma délégation, nous mettons le plus d'énergie dans l'accompagnement des créateurs et la transmission des savoir-faire", souligne encore Anouch Toranian. Pour défendre efficacement ces savoir-faire, faisant "la richesse de Paris et de la France", la capitale est très en lien avec les grands groupes du luxe, afin de s’inspirer de leurs propres démarches. Après avoir rencontré en début de mandat LVMH pour évoquer les métiers d'excellence, Anouch Toranian compte bientôt échanger avec Chanel (19M) et Hermès.

"Nous souhaitons aller encore plus loin avec ces groupes mais nous sommes aussi très attentifs aux petits créateurs parisiens confrontés aux difficultés au quotidien, afin de les accompagner et faciliter leurs démarches", précise Anouch Toranian. Le dispositif Paris Commerce leur apporte par exemple une aide sur le foncier (mise à disposition de locaux, etc). La ville les valorise aussi via le label « Fabriqué à Paris » ou à l'occasion des Fashion Week, d’expositions dans des Musées comme le Palais Galliera, via la boutique de l'Hôtel de Ville ou d’autres initiatives. Porté par le Bureau du Design, de la Mode et des Métiers d'art (BDMMA), l'incubateur Les Ateliers de Paris propose, lui, un hébergement et un programme d’accompagnement à des entreprises design, mode et métiers d’art en phase d'émergence. Enfin, en matière de développement durable, Anouch Toranian travaille étroitement avec les adjoints au maire en charge de l'Economie Sociale et Solidaire (Amina Bouri), ou de la propreté, la gestion des déchets et l'économie circulaire (Pierre Lombard), actifs sur les thématiques recyclage et upcycling.

 

Défis croissants

14Septembre_BDMMA_Grands Prix de la Creation de la Ville de Paris 2026

Le soutien de la capitale est d’autant plus vital pour des créateurs confrontés à des défis croissants. A commencer par "les changements de mode de consommation, favorables ou négatifs (e-commerce, fast fashion, etc)", observe Anouch Toranian. Si la capitale a pris des positions fortes contre les abus de la Fast Fashion (via le dossier BHV/Shein), l’adjointe admet qu’il "faut pouvoir accompagner les créateurs face à la crise du pouvoir d'achat. Tout le monde ne peut pas s'acheter un sac à main à 200 euros !". La Ville compte également les aider à affronter l’envol "des matières premières, qui impacte beaucoup le prix", les "charges qui pèsent sur leur activité économique", "la transition sur le dossier de l'intelligence artificielle".

Tous ces sujets incitent Paris à se mobiliser comme jamais. "Cela va être notre rôle de trouver davantage de mécènes pour nous accompagner en termes de financement et visibilité pour les créateurs", projette l’adjointe, l'intention de la capitale étant «de les associer » à ses politiques publiques. Une tâche confiée au BDMMA dont Anouch Toranian salue le travail formidable de recherche de partenaires, à ses yeux "la vraie plus-value des Grands Prix" Le maire a d’ores et déjà annoncé lors de la dernière Paris Design Week, la création de nouveaux concours à destination des designers, dont certains passés par les Ateliers de Paris ou lauréats des Grands Prix. Un exemple qui pourrait être suivi dans la mode…

Pour conclure, l’adjointe souligne le "cercle vertueux" des Grand Prix de la Création. L’enjeu étant, non seulement, d’aider des créateurs et artisans, via un accompagnement économique, une valorisation médiatique et l‘aide à transmission des savoir-faire. Mais aussi que Paris reste une ville vivante, créative, durable et productive, bien au-delà d’une simple vitrine touristique…

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