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Prix ANDAM : des distinctions prestigieuses renforçant la création et les savoir-faire français

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Nathalie Dufour, fondatrice de l’ANDAM (Association Nationale pour le Développement des Arts de la Mode), explique les vertus des prix d’exception, englobant soutien financier et mentoring, qu’elle a lancés pour les créateurs. Soutenues par tout l’écosystème mode français, ces distinctions favorisent des liens durables avec la confection hexagonale.

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“Le Prix de l’ANDAM est né en 1989 d’un constat simple : il manquait en France d’un véritable dispositif structuré pour accompagner les jeunes créateurs”, rappelle Nathalie Dufour, qui a créé ces distinctions sans équivalent dans la filière. Alors chargée de mission mode au sein du ministère de la culture, elle entraîne dans l’aventure Pierre Bergé, le Président du DEFI. L’idée étant de “créer un pont entre la création et l’industrie, avec des moyens et une exigence élevée”. L’ancien compagnon d’Yves Saint Laurent, “a joué un rôle déterminant, donnant une crédibilité, une ambition forte au projet”, souligne Nathalie Dufour. Jusqu’en 2017, année de sa disparition, celui qui fut Président de l’ANDAM a assisté à toutes les remises de Prix. Et il a dispensé ses conseils à chaque lauréat lors d’entretiens individuels ! 

Selon Nathalie Dufour, l’ANDAM se “distingue par son approche globale et son accompagnement opérationnel quand d’autres Prix sont surtout des mises en avant médiatiques. Elle demande aux lauréats “un véritable ancrage industriel” qu’elle facilite par un “accès à tout un écosystème français”. Un lien étroit avec le Made in France” est aussi favorisé par une collaboration avec la Maison du Savoir-Faire et de la Création (MSFC).

Au-delà du socle initial (Ministère et DEFI), l’Association est vite rejointe par de premiers partenaires privés partageant “cette vision d’écosystème à  construire pour faire émerger les jeunes générations de créateurs”. Alors que les géants du luxe n’existent pas encore, Galeries Lafayette-Monoprix, Saint-Laurent, Kenzo, des médias (Jardin des modes…), journalistes ou historiens de la mode (Laurence Benaïm, Florence Muller…) font rayonner, en pionniers, le Prix.

 

Acteurs essentiels de la filière

Crédit photo : © ANDAM

Depuis, Nathalie Dufour est fière d’avoir réussi à “coordonner et rassembler des groupes de luxe ou entreprises privées comme LVMH, Kering, Chanel, Hermès, Longchamp, Lacoste, Les Galeries Lafayette, WSN, Karla Otto (depuis 2026) et des institutions comme la Fédération de la Haute Couture et de la Mode, le Musée de la Mode de Paris, l’IFM, BPI France, l’IFCIC, mais aussi des partenaires étrangers : OTB, Instagram, Zalando, Karla Otto”. Dans ce cercle vertueux : Alexandre Mattiussi (Maison Ami), Grand Prix en 2013, est devenu mécène ! “Notre gouvernance est vraiment partagée entre tous ces acteurs, insiste-t-elle. Les groupes de luxe savent qu’il est très important de consacrer un peu de leur force financière et expertise à la jeune génération, afin de maintenir l’effervescence créative pour leur futur et celui du Made in France”.

Ce ralliement massif a permis d’abonder les dotations, de multiplier les Prix et d’enrichir le programme d’accompagnement pour s’aligner sur la complexité croissante de la filière. “En 2008, l’instauration d’une dotation financière unique de 100.000 € a entraîné un véritable changement d’échelle pour les lauréats. Premier bénéficiaire, Jérémy Scott a pu ainsi s’installer et défiler à Paris”Aujourd’hui, le Grand Prix, de 300 000 €, représente “un véritable effet levier pour une marque déjà consolidée”. 

Ont ensuite été déployées de nouvelles distinctions, dotées de 100 000 € : Prix de l’Innovation (créé en 2017 pour encourager les innovations technologiques dans la mode), Prix des Accessoires de Mode (2018), Prix Pierre Bergé (2020), héritier de Prix analogues soutenant les jeunes pousses prometteuses et Prix spécial du Jury (2023), récompensant un finaliste du Grand Prix ayant du potentiel…

 

30% de fabrication française

Autre étape marquante : la mise en place en 2011 de l’obligation pour les lauréats de créer une société française, réaliser 30 % minimum des collections en France, en passant par la plateforme de mise en relation avec les façonniers de la Maison du Savoir-Faire et de la Création (MSFC) et les conseils personnalisés de l’équipe. Une évolution liée à l’arrivée de premiers lauréats anglais, comme Gareth Pugh “alors qu’avant, ils étaient souvent français comme Christophe Lemaire, Isabelle Ballu ou Jean Touitou et travaillaient déjà avec des façonniers français”. Anthony Vaccarello, Grand Prix 2011, a ainsi installé en France sa société, jusqu’alors belge…

Le programme d’accompagnement de l’ANDAM s’est, lui, musclé en même temps que “les besoins des jeunes créateurs se sont davantage structurés”, avec une montée en puissance des problématiques financières, croissance internationale, durabilité et production. En 2026, Marie Adam-Leenaerdt (Grand Prix) et Pauline Dujancourt (Prix Spécial) sont accompagnées par Alexandre Mattiussi (Ami). Anthony Calydon, lauréat du Prix Pierre Bergé, bénéficie du mentoring de Frédéric Maus (WSN), Philéo Landowski, récompensé par le Prix des Accessoires de Mode, est accompagné par Pelagia Kolotouros, directrice artistique de Lacoste, tandis qu'Alphalyr, lauréat du Prix Innovation, est mentoré par Yann Gozlan (Creative Valley).

Et il peut s’appuyer sur les éclairages de l’IFM (structuration de l’activité); BPI France et l’IFCIC (finance et droit): WSN (organisateur des Salons Who’s Next et Première Classe, le bureau Betak et Karla Otto (communication et événements); sur l’Oréal (défilés) et Instagram (influence). La plateforme RUN, lancée en 2024 par WSN, aide ainsi les créateurs qui n’ont  pas encore de showroom lors des Paris Fashion Week®  (via des défilés et événements, espaces sur leurs Salons, etc). Côté distribution e-commerce, Galeries Lafayette et Zalando apportent leur aide, Andrea Rosso (OTB) les conseille en développement durable et OTB, Swarovsky, Balenciaga, Longchamp donnent accès à leurs stocks dormants.

 

Accompagnement personnalisé par la MSFC

Crédit photo : © Dominique Maitre_WWD

La MSFC présente, elle, aux créateurs des confectionneurs français pouvant produire leurs collections. Cette “mise en relation” offre “un filtre qualitatif très important pour identifier et accéder à des ateliers d’excellence, une tâche complexe, chacun ayant ses spécificités”, note Nathalie Dufour. Si “les créateurs peuvent être inquiets face au coût du Made in France, c’est un levier essentiel pour monter en gamme. Mais aussi pour aller à l’international car les savoir-faire qualitatifs et l’intégration de la traçabilité et de la responsabilité, désormais incontournables, augmentent les chances de collaborations pérennes, notamment aux Etats-Unis qui sont très exigeants sur ces questions”.

L’ANDAM participe ainsi à créer des liens durables entre designers et fabrication hexagonale. Selon Nathalie Dufour, “quand un créateur a eu accès à ces savoir-faire, il se souviendra de leur existence, y compris s’il rejoint un jour la Direction Artistique d’une Maison de luxe… Et beaucoup de lauréats devenus des références internationales ont conservé ce lien, comme Christophe Lemaire, Alexandre Mattiussi ou Viktor & Rolf, qui défilent toujours en Haute Couture à Paris..."

Le premier lauréat en 1989, le belge Martin Margiela, qui défilait déjà à Paris, a pu installer sa société en France et “toujours expliqué que le Prix avait joué un rôle essentiel pour le développement de sa collection artisanale”. Portée par une véritable success story, la Maison a ensuite été rachetée par l’italien OTB… devenu partenaire financier de l’ANDAM ! Nathalie Dufour cite aussi le Grand Prix de l’ANDAM 2015, Stéphane Ashpool (label Pigalle), alors mentoré par Bruno Pavlovsky (Chanel). Dix ans plus tard, il est revenu au 19M pour y faire réaliser sa collection pour le Coq Sportif, sélectionné pour les tenues des athlètes français lors des JO 2024. Avec, à la clef, “des ennoblissements incroyables (broderies, petites plumes…)”.

 

Un futur Made in France ?

Quid de demain ? “De façon générale, sur fond de conjoncture contrariée (recentrage du marché chinois sur ses marques locales, Ukraine, Moyen-Orient…), les jeunes créateurs seront confrontés à des années difficiles, estime Nathalie Dufour. Leur seule façon de résister sera de se positionner sur un savoir-faire très qualitatif, des niches d’excellence et des services “couture”, face à une mode de grande diffusion captée par les géants”. L’ANDAM va, elle, s’atteler “à faire encore monter en puissance les dotations et l’accompagnement des lauréats pour s’aligner sur un marché mondialisé plus complexe”. Et Nathalie Dufour d’inviter les marques à candidater “dès lors qu’elles ont un projet différenciant. Elles seront vues et auront une chance de se faire repérer par la totalité de nos partenaires, membres du jury et nous serons là pour les accompagner tout au long de leur parcours en les aidant à surmonter leurs difficultés”.  

 

Rédaction : Sophie Bouhier de l’Ecluse

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