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La mode de BURC AKYOL, une expression, un corps commun

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Au cœur du rythme effréné des saisons, le créateur BURC AKYOL revendique un autre tempo : celui du geste et du langage. Dans son atelier parisien, il défend un tailoring d’une précision rare, accompagné par la souplesse du flou pour concevoir le vêtement comme prolongement du corps. Chaque création est un espace où se tissent tension et douceur, désir et retenue. Chez lui, la couture n’est pas une mode, mais une manière d’habiter le monde.

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Ses défilés sont pensés comme des récits et avec la COLL 05, "GÜLISTAN", Burc interroge la place de chacun dans le corps collectif. Derrière la ligne d’une veste ou la transparence d’une mousseline, se lit une réflexion sur le lien à l’autre. Il en résulte une mode intime et engagée, fidèle à la sincérité du “soi trouvé” plutôt qu’à la séduction de l’éphémère. Une exigence remarquée : lauréat du Prix Fashion Trust Arabia en 2022, finaliste du Prix LVMH en 2023 et lauréat du Prix Pierre Bergé de l’Andam en 2025, il s’impose comme l’une des voix les plus prometteuses de la mode parisienne.

 

L’apprentissage du réel

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Crédits photos : ©BURC AKYOL

Avant de fonder sa marque en 2019, BURC AKYOL a traversé le monde de la mode comme on apprend un métier d’art : patiemment, au contact des talents. Après la Chambre Syndicale de la Couture, il passe par Dior à l’époque de John Galliano, puis chez Balenciaga, Chevignon et Ungaro où il rencontre Esteban Cortázar dont il devient le bras droit pour sa marque éponyme pendant cinq ans. De ces années, il garde un principe : la discipline. “Tu n’as pas le droit d’être indulgent envers toi-même quand tu fais de la mode”, dit-il, “c’est un travail d’endurance, de rigueur et de rythme”.

Cette rigueur, il la doit également à son enfance. Son père, journaliste mais aussi tailleur, transformait la chambre familiale en atelier. Le jeune Burc y apprend à coudre, à rapiécer, à aimer la matière. “Mon père faisait ses vêtements avec des chutes de tissus luxueux”, se souvient-il. Ce geste artisanal ancré dans la vie quotidienne deviendra le socle de son inspiration. Quand il lance sa propre marque, il retrouve ce rapport direct à la main en initiant chez lui un atelier de deux personnes avec un rythme soutenu. “J’ai grandi en pensant que la couture n’était pas un métier, raconte-t-il, et puis j’ai compris que c’était ma manière de m’exprimer”.

C’est dans cet ancrage que naît sa vision : un mélange de tailoring maîtrisé et de sensualité assumée par le savoir-faire flou où s’invite le contraste du noir et blanc avec des couleurs chaudes et vives. La main guide l’idée autant qu’elle l’exécute. “Je pense qu’il faut être au plus proche et au plus personnel pour faire une création, précise-t-il. Il y a plus de place pour une expression personnelle que pour une énième jupe noire dans le monde de la mode. Il s’agit d’y apporter son supplément d’âme et donc son unicité”. C’est par la singularité de ce vestiaire que BURC AKYOL séduit une clientèle, surtout internationale, notamment américaine, coréenne et britannique.


Le vêtement, lieu du lien

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Crédits photos : ©BURC AKYOL

La relation entre création et façon est au cœur du système BURC AKYOL. 95 % de ses vêtements sont produits en France, au sein d’ateliers avec lesquels il entretient une relation de confiance, “j’ai un rapport familial avec les personnes de la confection, les modélistes, les mécaniciens que je connais par leur prénom, explique-t-il, ce n’est pas un nom qui les motive à travailler avec nous [jeunes créateurs], c’est l’affect autour du vêtement”.

Cette proximité n’est pas qu’affective : elle nourrit la création elle-même. En échangeant directement avec les façonniers, le créateur explore d’autres solutions, des volumes inattendus, des gestes de coupe plus instinctifs. “Il y a une créativité dans l’échange avec le façonnier”, dit-il. Pour lui, visiter les ateliers, comprendre leurs contraintes, sentir les matières dans les mains des artisans, est primordial. “Je ne comprends pas qu’un créateur puisse rester loin des ateliers, affirme-t-il. C’est l’endroit où l’on se rappelle la réalité de notre métier : ce n’est pas que des paillettes. C’est le lieu où je me sens le mieux !”.

Ce lien vivant avec la confection lui permet de défendre également une approche lucide de la durabilité. Il travaille souvent avec Nona Source pour le réemploi des tissus de Maisons de luxe, tout en soulignant qu’“il ne faut pas remplacer une chaîne de valeur par une autre. Il faut préserver aussi l’industrie textile française”. BURC AKYOL ne crée pas pour les saisons, mais pour la durée. Ses collections sont numérotées, non datées. Certaines pièces reviennent, réinterprétées, comme dans la logique de sa collaboration avec eBay Endless Runway, qui lui a permis de transformer d’anciens looks pour en proposer une lecture nouvelle. “Un défilé passé n’est pas has been, dit-il, on peut lui redonner vie, lui redonner sens”.

 

De la boue à la rose

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Crédits photos : ©BURC AKYOL

COLL 05, "GÜLISTAN", sa cinquième collection, puise son nom dans le Golestan du poète Saadi, littéralement “empire de roses”. Le texte évoque la solidarité humaine, d’un tout interdépendant, qui traverse l’œuvre du créateur. Pour lui, la beauté n’a de valeur que si elle relie. “Le vêtement sert à serrer la main des autres”, confie-t-il. Cette réflexion s’enracine dans ses souvenirs d’enfance : la découverte des enfants du voyage accueillis dans son école, puis des Roms du quartier de Sulukule à Istanbul, où il perçoit pour la première fois la force des assemblages bruts de couleurs. Ce n’est qu’à ce stade du récit qu’il évoque ses origines turques, sans en faire un étendard mais une source de regard.

Pour autant, COLL 05, "GÜLISTAN" n’est pas une collection sur la Turquie, ni sur les gitans, ni sur les fleurs. Elle parle de cohabitation : la peur, la générosité, la fierté, la passion ; tout ce qui fait la complexité humaine. “La passion est intégrité et résistance”, dit-il. Cette dualité s’exprime dans les silhouettes : tailleurs sculptés, drapés libres, fentes calculées. Un vestiaire de séduction consciente, de “dragueurs”, dit-il, qui préfèrent suggérer plutôt que montrer.

Avec ses mains marquées par le travail de confection, BURC AKYOL appartient à cette génération de créateurs qui réconcilient la mode et le réel. Ses vêtements portent la mémoire d’un savoir-faire français, nourri d’histoires et de rencontres, mais aussi d’un imaginaire ouvert sur le monde. Dans Gülistan, chaque pièce dit la même chose : qu’il y a, dans le travail bien fait, une forme d’amour. Et que ce dernier, partagé entre le créateur, l’artisan et celui qui porte le vêtement, fait partie d’un même corps.

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