La Fabrique d'Arakné, le réemploi comme défi créatif et collectif

À Nantes, La Fabrique d’Arakné accompagne institutions/collectivités, professionnels, jeunes marques, créateurs et porteurs de projets dans leurs projets de confection. Fondé en 2024 par Julia Bourlier, cet atelier associatif conjugue réemploi des matières avec savoir-faire techniques pour des productions en séries aux quantités adaptées. Une approche de la fabrication française où responsabilité, créativité et accompagnement occupent une place centrale.
De la conception d'un prototype à la production de vêtements et d'accessoires, La Fabrique d'Arakné s'adapte à des demandes aussi diverses que les profils de ses clients. Portée par une équipe aux compétences complémentaires, la structure défend une production à taille humaine, attentive aux ressources disponibles et profondément liée à son territoire.
Des cours de couture à l'atelier de confection
Crédit photos : © La Fabrique d'Arakné
L'histoire de La Fabrique d'Arakné commence bien avant sa création. En 2012, Julia Bourlier, alors costumière pour le spectacle vivant, le cinéma et le cirque, fonde Les Cousettes de Nantes. Née de l'envie de transmettre les gestes de la couture, l'association propose des cours à différents publics et rassemble aujourd'hui plus d'une centaine d'adhérents. Au fil des années, Julia constate cependant que de nombreux créateurs participants peinent à trouver des ateliers français capables de produire en quantités adaptées.
Forte de son expérience de costumière, lui ayant permis de travailler une grande diversité de matières et de contraintes techniques, elle imagine une structure capable de répondre à ces besoins. Accompagné par l'incubateur nantais Les Ecossolies en 2023, la Fabrique d'Arakné voit ainsi le jour l’année suivante, avec l'ambition de rendre la confection locale et responsable accessible aux petites marques, tout en relevant ce précieux défi de valoriser les métiers d'atelier !
Aujourd'hui, quatre personnes constituent l'équipe permanente, épaulées par une dizaine de mécaniciennes modèles mobilisées selon les projets. Aux côtés de Julia Bourlier, Flora Guillet-Thomé coordonne les projets et la relation client, Morgane Lissonde supervise la production et l'organisation de l'atelier, tandis que Noémie Parsy dirige le bureau d'études. Cette organisation souple permet d'associer mécaniciennes modèles et couturières spécialisées dans différentes étapes de fabrication, tout en favorisant leur montée en compétences.
Le statut associatif traduit également une volonté d'implication locale : “on est une association car on est très liées à la vie nantaise. Faire vivre l'upcycling, le réemploi, le Made in France, c'est aussi participer à l'image de la ville. Cette implication est une richesse”, explique Flora. L'atelier collabore ainsi avec des institutions du territoire, tout en développant des ateliers de sensibilisation autour du réemploi, du cuir ou encore de la laine destinés à l’usage particulier.
Une grande flexibilité, du bureau d'études à la production
Principalement spécialisé dans la chaîne et trame, l'atelier peut travailler le jeans et confectionner chemises, jupes, pantalons et vestes doublées ainsi que sacs, pochettes ou housses de vélo. Surjeteuses, recouvreuses, piqueuses plates et machines à double ou triple entraînement permettent de travailler différentes matières et finitions, des coutures anglaises aux interventions à la main.
Avec une capacité de production pouvant atteindre environ 500 pièces en prêt-à-porter et sans minimum de commande, la structure accueille notamment de jeunes marques, des créateurs indépendants, mais aussi des institutions et des clients professionnels. “On a cette gourmandise quand on voit arriver de nouveaux projets”, confie Noémie, séduite par “la grande diversité des projets et l'étendue des possibles”.
Le bureau d'études joue un rôle essentiel dans cette polyvalence. Forte d'un parcours entre design textile, modélisme industriel, enseignement et entrepreneuriat, Noémie peut accompagner les porteurs de projets dès les premières réflexions créatives avec moodboards, planches de style, patronage, prototypage et préparation à la production. “Et quand un projet nous est confié directement pour de la production, on demande toujours une vérification des patrons”, précise-t-elle. Une étape indispensable pour anticiper les difficultés techniques, ajuster le modèle et garantir sa faisabilité.
Cet accompagnement s'accompagne d'une véritable démarche pédagogique. “On prend le temps d'expliquer la valeur de nos métiers, les compétences nécessaires et pourquoi le développement d'un produit peut prendre six ou neuf mois”, souligne Flora. L'objectif est aussi de sensibiliser les marques au coût réel de la confection française.
Cette attention est particulièrement importante auprès des jeunes créateurs, dont les projets stimulent l'équipe. “Le storytelling qu'ils construisent et la poésie qu'ils apportent, c'est ce qui nous anime”, explique Noémie. L'enjeu consiste alors à préserver leur identité créative tout en trouvant des solutions techniquement et économiquement réalisables. L'atelier a notamment accompagné le créateur Matthieu Ruiz, rencontré grâce à la Maison du Savoir-Faire et de la Création dans le cadre de SPHERE PFW® Showroom.
Le réemploi comme terrain d'expérimentation et d'avenir
Au cœur de l'identité de La Fabrique d'Arakné, le réemploi textile constitue bien plus qu'une spécialité, puisqu’il nourrit sa manière de concevoir et de produire. L'atelier transforme des matières existantes en nouveaux objets, à l'image de sacs Patagonia destinés aux surfeurs, réalisés à partir de combinaisons de pêche usées pour transporter des équipements mouillés, ou de jupes confectionnées dans d'anciennes serviettes de plage pour la marque nantaise Horizon.
Cependant, travailler à partir de matières récupérées implique des contraintes particulières puisque “ce n'est pas automatisable, il faut étudier chaque pièce”, explique Morgane. Dimensions, état des matières, placement des pièces et possibilités de découpe nécessitent un important travail d'analyse en amont. La fondatrice s’exprime : “Nous sommes fabricants, mais aussi bureau d’études et un laboratoire”, capable de transformer ces contraintes en propositions créatives.
Cette démarche dépasse les seules commandes d'upcycling car même lorsqu'un projet ne prévoit pas initialement de réemploi, l'équipe cherche à proposer une intégration des matières existantes à au moins 10 %. Son réseau local facilite ces réalisations puisque les rebuts textiles d'une entreprise peuvent ainsi devenir la matière première d'une jeune marque. “Notre réseau nous permet de proposer des solutions avantageuses aux clients et d'apporter notre pierre à l'édifice”, souligne l'équipe. Cette dynamique se heurte néanmoins à la difficulté majeure de l'absence d'un réseau centralisé de collecte et de redistribution des gisements textiles. Un enjeu sur lequel l’association souhaite poursuivre son engagement territorial, notamment à travers des collaborations avec les collectivités.
Parmi les pistes de développement figure la création d'“une ligne d'accessoires en bâche car c'est une matière que l'on source beaucoup”, indique Morgane. L'équipe réfléchit également à la mise en place d'un service de réparation, tout en renforçant ses collaborations avec les acteurs locaux, dont le projet Artefact. À travers ces perspectives, La Fabrique d'Arakné entend poursuivre son développement sans perdre ce qui fait sa singularité : la capacité à conjuguer maîtrise technique, créativité et adaptation. Une façon de démontrer que la petite série et le réemploi peuvent aussi ouvrir de nouvelles possibilités à la confection française.






