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Miditex, trois générations au service d’un atelier généraliste

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À Quelmes, dans le Pas-de-Calais, l’atelier Miditex témoigne d’une histoire qui commence au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. De la confection pour enfant au prêt-à-porter féminin, des années de mondialisation à la relance du Made in France, l’entreprise a traversé les cycles de la filière sans renoncer à produire en France.

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Aujourd’hui, une troisième génération s’apprête à prendre le relais avec Agathe Miquel, cheffe de production. Aux côtés de son père, dirigeant et de sa mère, responsable du bureau d’études, elle pilote un atelier à taille humaine, polyvalent et réactif, qui accompagne des marques premium dans le développement et la fabrication de leurs collections.

 

Une entreprise familiale façonnée par les mutations du secteur

L’aventure débute avec la grand-mère d’Agathe, qui se lance dans le prêt-à-porter enfant et bébé. Les premières ventes se font sur les marchés avant l’ouverture d’un atelier à Arques. En 1983, son père rejoint l’entreprise et fonde Miditex à Quelmes, travaillant alors pour des enseignes comme Auchan, Okaïdi ou Jacadi, sur des volumes industriels importants. “On avait  avec plus de 100 personnes dans l’atelier et de très grosses productions à la chaîne qu’on ne connaît plus aujourd’hui”, rapporte Agathe Miquel. La mondialisation bouleverse le modèle et, comme d’autres, l’entreprise ouvre un atelier en Tunisie pour répondre aux nouvelles concurrences. L’activité française ralentit fortement : “À un moment, on n’était plus que 4 ou 5 dans l’atelier. On a privilégié le bureau d’études pour garder une petite activité, continuer la mise au point et produire en petites quantités”, explique-t-elle.

Pour diversifier ses revenus, la famille lance en 2003 sa propre marque Bande Originale, distribuée en France et en Belgique. L’expérience dure une dizaine d’années car “avoir sa marque, c’est un autre métier : le retail, la gestion des stocks… Ce n’est pas la même logique que la fabrication”. Une expérience structurante néanmoins qui permet aujourd’hui à Miditex de conseiller les jeunes marques sur ces sujets, au-delà de la production. Au moment où l’activité touche son point bas, l’atelier choisit de rester ouvert, ferme son entité en Tunisie et soutient de petites structures émergentes, comme Orta Store ou Janne Mill. Une stratégie qui amorce un nouveau cycle.

 

Un atelier généraliste et réactif pour une clientèle premium

Spécialisé en chaîne et trame, jersey et molleton, Miditex revendique une grande polyvalence : blouses, chemisiers, pantalons, robes, jupes, pièces en denim upcyclé, mais aussi des articles de puériculture (tapis d’éveil, langes, couches lavables). “On est un atelier généraliste et il y en a peu aujourd’hui. On aime travailler des matières et des styles différents, ça apporte une vraie dynamique dans l’atelier”, témoigne Agathe Miquel. Positionné sur un segment haut de gamme/premium, l’atelier ne travaille pas le luxe mais mise sur un niveau d’exigence élevé : “on apporte une très haute qualité aux pièces qui sortent de notre atelier”. L’un des atouts majeurs de Miditex réside dans son bureau d’études intégré. Développement, prototype, coupe et production sont internalisés afin de sécuriser l’industrialisation car “le faire nous-mêmes permet d’éviter les erreurs et les incompréhensions”. Les équipes peuvent travailler à partir d’un dessin, de photos d’inspiration ou d’un simple brief. “Nos clientes ne maîtrisent pas toujours le vocabulaire technique alors notre force c’est la proximité, la pédagogie mais aussi et surtout notre réactivité. On peut envoyer un prototype en une semaine !”. La relation client repose sur un lien direct et continu : ”on est toujours en contact, souvent via WhatsApp. Il y a une vraie confiance mutuelle”.

Équipé de machines spécialisées (boutonnières, œillets, thermocollage, smocks, surjeteuses 4 et 5 fils, recouvreuses…), l’atelier s’adapte aux demandes variées. De récents investissements, comme une thermocolleuse de plus grande capacité, témoignent d’une volonté de modernisation. Le passage au logiciel StyleCAD pour le patronage et la gradation illustre également cette recherche d’agilité.

 

Une équipe passionnée et polyvalente

Agathe Miquel n’était pas destinée à reprendre l’entreprise. Diplômée d’ESMOD Roubaix, elle envisageait un poste de cheffe de produit dans une Maison. Le déclic survient pendant la crise sanitaire “quand on a fait des masques et que j’ai vu les filles travailler, le dynamisme de l’atelier, j’ai eu un coup de cœur pour le métier”. Elle rejoint progressivement l’entreprise, recrute une équipe composée d’anciennes personnes de l’atelier et de nouvelles à former et relance la prospection.

L’atelier compte aujourd’hui une dizaine de personnes, “on est une petite équipe, donc chacun est polyvalent. Je peux préparer les machines, faire le contrôle qualité ou aller repasser si besoin”. La formation est continue, à travers l’apprentissage interne, l’accueil de stagiaires issus des lycées professionnels de la région et l’intégration d’une alternante modéliste au bureau d’études. “On apprend tout le temps, entre nous, avec les nouveaux, en regardant des techniques, en diversifiant la typologie de produits des clients…”.

Cependant, les défis restent nombreux, “la main-d’œuvre se fait rare et le métier n’est pas toujours reconnu à sa juste valeur. Pourtant, c’est un métier passion”, explique Agathe Miquel. L’atelier mise sur la qualité de vie au travail et sur la cohésion d’équipe pour fidéliser ses collaborateurs. Autre enjeu : l’investissement. L’acquisition d’une découpe automatique adaptée aux petites séries fait partie des projets à moyen terme, afin de gagner en productivité tout en restant compétitif sur des volumes à partir d’une cinquantaine de pièces par modèle.

À l’heure où son père prépare la transmission, Agathe Miquel regarde l’avenir avec pragmatisme : “L’objectif, c’est d’avoir une structure stable sur le long terme. Pourquoi pas développer, un jour, une marque image qui représenterait notre savoir-faire ?”. Trois générations, un même territoire et une volonté constante d’adaptation. Miditex incarne cette résilience discrète des ateliers français qui, loin des effets de mode, continuent de faire vivre une fabrication locale exigeante, en lien étroit avec les marques qui partagent leurs valeurs.

 

Pour en savoir plus sur Miditex, rendez-vous sur leur fiche entreprise.

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