Chantelle Épernay, corseterie d’excellence et diversification

Au cœur d’Épernay, ville emblématique du champagne, se cache un autre fleuron du patrimoine français : l’atelier Chantelle. Il incarne depuis plus de soixante ans l’excellence de la corseterie, portée par une maîtrise fine des matières, des gestes et du développement produit du groupe. À l’approche des 150 ans de Chantelle, l’atelier s’impose comme un lieu où l’héritage technique se tourne vers la polyvalence de sa production.
Longtemps identifié comme un atelier exclusivement dédié aux marques du groupe, le site d’Épernay connaît aujourd’hui une nouvelle phase de développement. Ouvert aux collaborations externes, engagé dans la diversification des savoir-faire et fortement investi dans la formation et l’outillage industriel, l’atelier affirme son ambition de faire rayonner son savoir-faire et consolider une fabrication française exigeante, minutieuse et agile.
Un site historique, pilier du groupe Chantelle

L’histoire de Chantelle débute en 1876 avec la famille Kretz, d’abord spécialisée dans la création de tulles et de crêpes destinés aux corsets et gaines. En 1949, la marque Chantelle est créée et devient fabricant de produits finis. L’atelier d’Épernay ouvre en 1962 avec 250 couturières pour la confection du premier soutien-gorge, marquant un tournant stratégique pour le groupe.
Aujourd’hui encore, Épernay reste le site historique et le seul atelier du groupe basé en France. “C’est un fort atout pour un groupe comme nous de maîtriser l’ensemble de la chaîne de valeur”, souligne Delphine Chapelot. Développement, industrialisation, production et contrôle qualité y sont réunis, offrant une vision complète des process et des enjeux sociaux et industriels.
Si le groupe s’est internationalisé dès les années 1980 avec l’ouverture d’usines en propre à l’étranger, Épernay conserve un rôle central. “On est le site historique du groupe”, rappelle la responsable, dans un territoire fortement marqué par l’industrie du champagne, où la culture du travail manuel et de la précision est profondément ancrée. L’atelier continue par ailleurs de fabriquer des modèles emblématiques de la marque, dont certains seront revisités à l’occasion des 150 ans, à l’image du modèle “Fête” ou encore “Champs-Élysées”.
Le bureau d’études, cœur stratégique du savoir-faire

À Épernay, la corseterie repose sur une grande technicité. Un soutien-gorge peut nécessiter jusqu’à 25 pièces et une trentaine d’opérations, majoritairement manuelles. Cette complexité se joue dès la phase amont au sein du bureau d’études, véritable colonne vertébrale de l’atelier composée d’une quinzaine de personnes, pilotant la mise au point des produits pour les marques du groupe comme pour les clients externes. “Le développement d’un produit, c’est neuf mois chez nous”, explique Delphine Chapelot. Un temps long, justifié par une exigence de qualité élevée : tests de matières, ajustements de formes, déclinaisons de tailles, prototypage répété. “Il n’y a pas de gradation : chaque taille fait l’objet d’une mise au point spécifique en raison des différentes profondeurs de bonnets”, explique la responsable.
Les équipes élaborent les patronages en fonction des caractéristiques des matières, définissent les gammes de fabrication, les temps opératoires et les nomenclatures. Cette rigueur permet de sécuriser la production en aval. Les personnes au développement peuvent aller en production et inversement, ce qui permet une réelle prise de conscience de la nécessité de “prendre le temps pour mettre au point la pièce afin qu’une fois en production, on ne se pose plus de questions”.
Cette proximité entre le développement et la production, relancée sur ce site, est essentielle. Les équipes peuvent passer de l’un à l’autre, favorisant une compréhension fine des contraintes et une amélioration continue des process.
La corseterie comme socle, la diversification comme levier

Si la corseterie et le bain constituent le socle historique du site, l’atelier d’Épernay s’inscrit aujourd’hui dans une dynamique affirmée de diversification. “Quand on sait faire de la corseterie, on peut faire presque tout”, résume Delphine Chapelot. Flou, chaîne et trame, brassières de sport, leggings, sous-vêtements enfant, produits médicaux ou EPI font désormais partie des savoir-faire développés.

Parmi les expertises majeures figure le moulage, technique emblématique de Chantelle. Elle repose sur l’utilisation de moules chauffés permettant de préformer la matière et de créer des bonnets sans couture. “L’enjeu est de trouver le bon temps et la bonne chaleur en fonction de la matière”, précise la responsable. Chaque réglage produit est testé, lavé, séché et ajusté afin de garantir tenue, confort et durabilité. Cette technique offre un galbe précis et une invisibilité sous le vêtement, particulièrement appréciée sur les marchés américains et asiatiques. L’atelier maîtrise également la couture thermosoudée, la découpe laser, le flocage ou transfert pour éviter les étiquettes, ainsi que des opérations complexes comme le sanglage, qui consiste à placer et dissimuler les armatures du soutien-gorge, “la corseterie, c’est un métier extrêmement minutieux”, rappelle Delphine Chapelot.
Depuis l’été, l’atelier a franchi une nouvelle étape en intégrant la découpe automatique, auparavant entièrement réalisée à la main et s’appuie désormais sur le logiciel Lectra. Un gain en précision et en efficacité, au service de la qualité produit. Chaque article fait enfin l’objet d’un contrôle final à 100 %, à la fois visuel et statistique sur les mesures, avec des tolérances extrêmement faibles. Cette exigence globale a contribué à l’obtention du label Entreprise du Patrimoine Vivant (EPV) en août 2025, décerné à l’atelier d’Épernay pour la richesse de ses savoir-faire et la qualité de sa formation interne.
Par ailleurs, un rôle clé est joué par les techniciens machines, formés en interne. “On a développé des guides spécifiques pour faire certaines opérations en une seule fois au lieu de dix”, explique Delphine Chapelot. Ces développements permettent de gagner en précision, en confort de travail et en performance industrielle. “Si on a les volumes minimum à produire, on investit dans l’équipement nécessaire”, déclare la responsable.
Cette logique a notamment permis de développer des produits sans couture à prix plus accessible, comme une culotte fabriquée à l’aide d’une machine semi-automatique. “Notre politique, c’est de se diversifier pour répondre aux envies de faire en France, du luxe à la grande distribution”, explique la responsable. Depuis cinq ans, l’atelier a collaboré avec plus de 30 marques, dont près de la moitié françaises, mais aussi de nombreuses marques internationales. “On accompagne des marques qui viennent avec un croquis comme celles qui veulent du clé en main. Notre objectif est de faire rayonner l’atelier et de développer de nouveaux savoir-faire”, conclut la responsable.
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