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Atelier Caraco, où la couture devient un art vivant

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Dans un charmant atelier parisien où se croisent corsets historiques, silhouettes de scène et prototypes de Haute Couture, l’Atelier Caraco cultive depuis près de quarante ans un savoir-faire rare, à la frontière des défilés et des arts du spectacle. Théâtre, opéra, ballet, cinéma, séries, musées ou vitrines de magasins : ici, le vêtement est une construction vivante, pensée pour un corps, un rôle, un mouvement.

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Créé et dirigé par Claudine Lachaud et porté par une équipe d’une dizaine de talents hautement qualifiés, l’atelier s’est imposé comme une référence internationale de la corseterie et du costume. Aujourd’hui, Caraco revendique plus que jamais son identité et son héritage, notamment à travers le lancement de la marque Garde-robe, gérée par Claudine Lachaud et Fleur Demery, pensée comme un prolongement naturel et une transmission de quarante ans de création.

 

Du spectacle à la mode, une trajectoire façonnée par le sur-mesure

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Claudine Lachaud, fondatrice et dirigeante de L'Atelier Caraco. Crédits photos : ©Atelier Caraco

L’histoire de l’Atelier Caraco s’écrit d’abord sur les scènes. À la fin des années 1980, Claudine Lachaud travaille chez “A la bonne Renommée” lorsqu’elle collabore notamment avec la costumière Catherine Leterrier sur le film La Révolution (1989). Très vite, elle développe ce qu’elle appelle alors un « atelier volant », avant de s’installer durablement dans un lieu qui deviendra un pôle incontournable du costume de scène.

Sans l’avoir prémédité, Claudine construit un atelier d’exception, spécialisé dans la corseterie et le costume dans une démarche proche de la Haute Couture. « Nous accompagnons une idée de bout en bout, de la création à la scène », explique-t-elle. Conception des modèles, moulage en toile, choix des tissus, patronages et essayages multiples, dernières livraisons : tout est conçu sur place, dans un dialogue permanent avec les créateurs.

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Crédits photos : ©Atelier Caraco

Dans les années 1990, l’atelier s’ouvre naturellement à la mode. L’époque redonne au corset une place centrale dans la silhouette féminine et des Maisons comme Chantal Thomass, Christian Lacroix, John Galliano ou encore Jean Paul Gaultier sollicitent cet atelier. « Après un démarrage très ancré dans le spectacle, la mode s’est imposée comme une autre manière d’exercer nos savoir-faire », souligne la fondatrice.

Mais les deux univers restent profondément différents. Là où la mode s’inscrit dans des barèmes de tailles et des logiques de répétition, le spectacle impose le sur-mesure absolu. « Un costume est fait pour une personne précise : il faut pouvoir chanter, danser, respirer, laver le vêtement après chaque représentation, parfois s’adapter à une nouvelle distribution », détaille Fleur. Dès sa conception, la construction du vêtement doit permettre les retouches ; matières extensibles, ourlets anticipés, etc… À l’inverse, en mode, les patrons sont archivés, normés, reproductibles.

 

Un atelier total : techniques, collaborations et mémoire vivante

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Crédits photos : ©Atelier Caraco

Au fil des décennies, l’Atelier Caraco a développé une palette de compétences particulièrement étendue. Au-delà de la coupe et de l’assemblage, l’atelier maîtrise la patine, la teinture, certaines broderies et fait appel, selon les projets, à un réseau d’artisans spécialisés. Modistes, brodeurs, bottiers, plumassiers : la cohérence de la silhouette finale se construit collectivement. « Quand on réalise un costume complet, la collaboration est inévitable et essentielle », affirme Claudine.

L’organisation de l’atelier est à l’image de cette diversité. Une dizaine de personnes y travaille en permanence, mais l’équipe peut monter jusqu’à cinquante selon les projets. « On connaît des tsunamis et des creux de vague », confie Fleur. Tous les projets sont visibles par tous, même si chacun n’intervient pas sur chaque pièce.

Sur près de quarante ans, plus de 3 000 patronages ont été développés, allant de la seconde peau à des costumes lumineux pour le cinéma de science-fiction. De costumes futuristes pour Valérian de Luc Besson aux peaux de bêtes préhistoriques pour RRRrrr!!! d'Alain Chabat, en passant par des productions historiques : reconstitution de l’opéra Carmen de 1875 par Christian Lacroix en 2023, les modèles iconiques du défilé de 1947 de Christian Dior pour la série The New Look. L’atelier a acquis une capacité unique de visualisation et de reconstitution. « Parfois, nous n’avons qu’un croquis ou une photo sans mesures. Il faut imaginer, comprendre et traduire techniquement la pièce », explique Claudine.

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Crédits photos : ©Atelier Caraco

La reproduction muséale constitue un autre pan majeur de l’activité. Le département patrimoine des Maisons de Couture confie régulièrement à l’atelier la recréation de pièces trop fragiles pour être exposées. En 2013, Caraco réalise l’ensemble des dessous d’époque pour l’exposition La mécanique des dessous au MAD. Plus récemment, l’atelier a reproduit les robes de Marie-Antoinette d’après les portraits de Vigée Le Brun pour une exposition au Japon.

La fabrication reste résolument française, y compris lorsque certaines opérations sont externalisées. Les chutes de tissus sont conservées, stockées et réutilisées. « Avec Christian Lacroix, avec qui nous travaillons depuis trente-cinq ans, il y a toujours une patine sur les tissus pour l’Opéra, comme un supplément d’âme, le tissu n’est jamais utilisé tel quel », précise la dirigeante. En effet, outre la fabrication, Caraco travaille également l’ennoblissement des vêtements et des matières au sein de l’atelier qui dispose d’un atelier patine et teinture.

 

Transmission, durabilité et affirmation d’une signature : Garde-robe

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Crédits photos : ©Atelier Caraco

Au cœur de l’atelier, la transmission est un moteur essentiel. L’équipe est jeune, autour de trente ans en moyenne, et composée de chefs d’atelier, d’alternants, de stagiaires et d’intérimaires mobilisés selon les projets. Les patrons, tamponnés à la main, sont classés par catégories, époques et années. Ils ne sont volontairement pas numérisés. « Les patrons évoluent à chaque nouvelle demande et retravail. L’art vivant les améliore en permanence », insiste-t-elle.

« L’atelier est un facteur de maintien des savoir-faire. Le plaisir de coudre ensemble, c’est quelque chose de profondément artisanal et collectif. La couture est une forme de méditation », confie-t-elle. Être au service des créateurs, qu’elle qualifie de « visionnaires », est au cœur de sa démarche. « La couture est un chemin infini : on n’a jamais fini de l’apprendre », déclare la fondatrice.

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Crédits photos : ©Atelier Caraco

C’est précisément cette richesse que Caraco a souhaité rendre visible et pérenniser en lançant Garde-robe. « Garde-robe est l’enfant de Caraco », explique Fleur Demery. Pensé comme un atelier-boutique, le projet repose sur deux axes : les professionnels, avec une patronthèque traversant les époques et le public, à qui sont proposées des pièces issues de ces modèles, adaptées, transformées, personnalisables et la fabrication de pièces sur mesure pour les clients privés.

« Nous voulons faire le pont entre le costume et la mode, prendre le temps, sortir des calendriers effrénés et proposer une mode plus durable, plus personnelle, que l’on garde toute sa vie », affirme Claudine Lachaud. Revendiquer une signature, sortir de l’ombre, s’approprier quarante ans de travail : Garde-robe marque une étape décisive dans l’histoire de l’atelier.

Dans un monde souvent déconnecté de la réalité du geste, l’Atelier Caraco rappelle que le vêtement est d’abord une construction humaine, technique et sensible. « Nous regroupons les techniques de toutes les époques. Chaque période a ses règles, ses défauts, ses inventions. L’industrie a apporté la symétrie, mais le corps ne l’est pas. C’est dans cette imperfection que le vêtement devient vivant et le restera », conclut Claudine Lachaud.

 

Pour en savoir plus, rendez-vous sur la fiche entreprise de l’Atelier Caraco.

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